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AMLA — qu'est-ce que c'est, qui est concerné et ce que cela change pour une entreprise hors secteur financier

L'AMLA est la nouvelle autorité européenne de LCB-FT, basée à Francfort. Découvrez qui est concerné, le calendrier et pourquoi elle ne dispense pas votre entreprise du sanction screening.

Publié : · Équipe Sanqto · 19 min de lecture
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Siège de l'AMLA à Francfort-sur-le-Main — la nouvelle autorité européenne de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme

État du droit : 2026-05-23.

L’AMLA — Authority for Anti-Money Laundering and Countering the Financing of Terrorism — est la nouvelle autorité européenne basée à Francfort-sur-le-Main, opérationnelle depuis le 1ᵉʳ juillet 2025 et qui prendra, à partir du 1ᵉʳ janvier 2028, la supervision directe d’un nombre limité d’établissements financiers de l’UE. Elle a été instituée par le règlement (UE) 2024/1620 du Parlement européen et du Conseil du 31 mai 2024 (AMLAR), publié au Journal officiel de l’Union européenne le 19 juin 2024. Cet article explique ce qu’est l’AMLA, qui elle concerne et — point le plus important pour vous — ce que l’AMLA ne change pas à l’obligation de sanction screening des entreprises hors secteur financier.


TL;DR — cinq choses à savoir sur l’AMLA

  • L’AMLA est une autorité LCB-FT, pas une autorité de sanctions. Elle coordonne la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dans l’UE ; elle n’a aucune compétence en matière de sanctions de l’UE (règlements du Conseil 269/2014 et 833/2014), qui relèvent de la Politique étrangère et de sécurité commune.
  • Siège : Francfort-sur-le-Main, retenue en février 2024 parmi neuf villes candidates (Vienne, Madrid, Rome, Francfort, Bruxelles, Dublin, Paris, Riga, Vilnius).
  • Démarrage opérationnel : 1ᵉʳ juillet 2025. Supervision directe d’établissements sélectionnés : à partir du 1ᵉʳ janvier 2028.
  • Le paquet AML 2024 se compose de quatre actes : le règlement AMLAR (2024/1620), le règlement AMLR (2024/1624 — le single rulebook), la directive AMLD6 (2024/1640) avec un délai de transposition au 10 juillet 2027 et le règlement TFR (2023/1113), déjà applicable aujourd’hui.
  • Pour une entreprise hors secteur financier, l’AMLA ne crée pas de nouvelle obligation — mais l’AMLR (2024/1624) instaure un plafond européen des paiements en espèces de 10 000 EUR et élargit la liste des « entités assujetties » à certains secteurs (négoce de biens de luxe au-delà de seuils, prestataires de services sur crypto-actifs et, en 2029, clubs et agents de football).

Si vous exploitez une agence de voyage, une agence immobilière, un cabinet d’avocats, un cabinet comptable ou une entreprise de négoce de biens de luxe — poursuivez votre lecture. Nous y séparons le régime LCB-FT (où l’AMLA est le coordinateur européen) du régime des sanctions (où l’AMLA n’a pas voix au chapitre).


D’où vient l’AMLA — bref historique

L’idée d’une autorité européenne de LCB-FT a mûri pendant plusieurs années. L’impulsion directe est venue de scandales qui ont mis au jour une faille dans la supervision transfrontalière des banques de l’UE. L’affaire Danske Bank de 2018 — environ 200 milliards EUR de transactions suspectes ont transité par la succursale estonienne de cette banque danoise entre 2007 et 2015. Puis ING aux Pays-Bas, puis Rabobank. Chaque superviseur national ne voyait qu’un fragment du puzzle ; personne ne regardait l’ensemble.

La Commission européenne a proposé le paquet AML en juillet 2021. Trois ans de négociations — et en mai 2024, les règlements et la directive ont été adoptés. La publication au Journal officiel de l’UE a eu lieu le 19 juin 2024. Il s’agit de la plus grande réforme du dispositif européen de LCB-FT depuis la première directive de 1991.

L’idée est simple : un corpus de règles européen unique (single rulebook), un coordinateur européen unique de la supervision (l’AMLA), une supervision directe des entités opérant simultanément dans plusieurs pays. C’est la première tentative de construire une architecture LCB-FT à l’échelle de l’UE, de manière analogue à ce que la BCE fait pour la supervision bancaire.


Ce que fait précisément l’AMLA

L’AMLA exerce cinq grandes fonctions. Il vaut la peine de les détailler une à une, car, du point de vue d’une PME, leur portée pratique est très différente.

1. Supervision directe d’établissements financiers sélectionnés présentant un risque transfrontalier élevé. À partir du 1ᵉʳ janvier 2028, l’AMLA placera sous sa supervision directe jusqu’à 40 entités — principalement de grandes banques et des établissements de paiement opérant dans plusieurs États membres de l’UE. La liste précise de ces entités n’existe pas encore publiquement ; elle doit être établie durant la phase préparatoire 2025-2027. Ce n’est pas le lieu de deviner des noms — les critères de sélection portent sur l’ampleur de l’activité transfrontalière et le profil de risque.

2. Supervision indirecte des autres entités par la coordination des autorités nationales de LCB-FT (en France, Tracfin, la cellule de renseignement financier rattachée au ministère de l’Économie et des Finances, qui exerce ses missions au titre du Code monétaire et financier). L’AMLA émettra des orientations, des normes techniques, des avis et — en cas de défaillances graves de coordination — pourra reprendre la supervision d’une entité donnée à l’autorité nationale.

3. Coordination de FIU.net — le réseau d’échange d’informations entre cellules nationales de renseignement financier. En France, cette cellule est Tracfin. L’AMLA reprend de la Commission européenne l’hébergement et l’administration de cette plateforme, ce qui doit accélérer l’échange d’informations sur les transactions suspectes entre États membres.

4. Élaboration et maintien des normes européennes de LCB-FT. L’AMLA édicte des normes techniques de réglementation (RTS), des normes techniques d’exécution (ITS) et des orientations — à l’instar de l’EBA, de l’ESMA ou de l’EIOPA dans leurs domaines. Ce sont ces documents qui préciseront les modalités concrètes d’application de l’AMLR (règlement 2024/1624) en pratique.

5. Coopération internationale. L’AMLA représente l’UE au sein du GAFI (Groupe d’action financière, Financial Action Task Force) et échange des informations avec des autorités analogues d’États tiers (le FinCEN aux États-Unis, l’OFAC dans un autre périmètre, etc.).

En bref : l’AMLA est à la LCB-FT ce que la BCE est aux banques. Elle ne remplace pas les autorités nationales — elle construit au-dessus d’elles une couche de coordination.


Le paquet AML 2024 — quatre actes à connaître

L’AMLA n’est qu’un élément d’une réforme bien plus large. L’ensemble du paquet se présente ainsi :

ActeTypeCe qu’il faitDates clés
AMLAR — règlement (UE) 2024/1620Règlement UEInstitue l’AMLA, définit ses compétences, sa structure et son financementPublication : 19.06.2024. Démarrage opérationnel de l’AMLA : 1.07.2025. Supervision directe : à partir du 1.01.2028
AMLR — règlement (UE) 2024/1624 (single rulebook)Règlement UEHarmonise les obligations LCB-FT dans l’UE : catalogue des entités assujetties, mesures de vigilance, bénéficiaire effectif, plafond espèces de 10 000 EURDirectement applicable sans transposition ; dates d’application des différentes dispositions échelonnées
AMLD6 — directive (UE) 2024/1640Directive UERégit la supervision LCB-FT nationale, les CRF, l’accès aux registres des bénéficiaires effectifs, les sanctions des manquementsDélai de transposition : 10 juillet 2027
TFR — règlement (UE) 2023/1113Règlement UEObligation de transmettre les informations sur le donneur d’ordre et le bénéficiaire lors des transferts de fonds et de crypto-actifs (travel rule)Applicable depuis le 30.12.2024

Pour une PME, les différences pratiques les plus importantes :

  • L’AMLR s’applique directement. Un règlement de l’UE ne nécessite pas de transposition — il s’impose à vous au même titre qu’une loi française, à compter des dates d’application fixées dans l’acte.
  • L’AMLD6 doit être transposée. La France a jusqu’au 10 juillet 2027 pour adopter les modifications nécessaires de son Code monétaire et financier (CMF). D’ici là, le droit en vigueur reste applicable, mais les travaux législatifs s’engageront et il vaut la peine de les suivre.
  • Le TFR est déjà en vigueur. Si vous réalisez des transferts de fonds ou de crypto-actifs, vous avez l’obligation de transmettre les données du donneur d’ordre et du bénéficiaire. Ce n’est pas un « horizon », c’est le présent.

L’AMLR et l’élargissement du catalogue des entités assujetties

Voici un point à lire attentivement. L’AMLR (règlement 2024/1624) modifie le catalogue des entités soumises aux obligations LCB-FT. Certains élargissements peuvent concerner des entreprises qui ne se considèrent pas aujourd’hui comme des « entités assujetties ».

Les catégories nouvelles ou précisées comprennent notamment :

  • Les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) — assujettissement complet au régime LCB-FT, indépendamment de leurs statuts nationaux antérieurs.
  • Les négociants de biens de luxe au-delà de certains seuils de valeur de transaction — bijoux, montres, véhicules de luxe, œuvres d’art, yachts, avions privés. Les seuils et le périmètre précis figurent dans l’AMLR — avant de planifier une activité dans ce secteur, il est prudent de consulter un avocat.
  • Les clubs de football professionnels et les agents de football — avec une entrée en vigueur différée à 2029, cas unique au sein du paquet AML.
  • Les intermédiaires en transactions immobilières — avec une précision concernant les locations à loyer élevé.
  • Les marchands d’œuvres d’art et d’objets en métaux précieux et pierres précieuses — au-delà de seuils de valeur de transaction.

Si vous exploitez une entreprise dans l’un de ces secteurs, lisez l’AMLR et déterminez si vous êtes devenu (ou le deviendrez dans les années à venir) une entité assujettie au nouveau sens européen. C’est important, car cela conditionne l’étendue des procédures LCB-FT à mettre en place : évaluation des risques, vigilance à l’égard de la clientèle (KYC, c’est-à-dire « connaissance du client »), surveillance des transactions, déclaration à Tracfin.

Deuxième élément pratique de l’AMLR — le plafond européen des paiements en espèces de 10 000 EUR dans l’activité professionnelle. Il concerne toute entreprise exerçant une activité dans l’UE, pas seulement les entités assujetties. La France connaît déjà aujourd’hui ses propres plafonds — souvent plus bas — pour les paiements en espèces dans certains domaines ; l’AMLR fixe un plafond européen uniforme. Si, en tant que professionnel, vous recevez ou effectuez des paiements en espèces au-delà de 10 000 EUR, cette disposition vous concerne directement.


Et maintenant l’essentiel — l’AMLA et les sanctions de l’UE

Voici la section pour laquelle cet article a été écrit. Il est très facile de confondre l’AMLA avec une autorité de supervision des sanctions, car les deux sujets manient un vocabulaire similaire (« listes », « vérification », « compliance »). C’est une confusion coûteuse.

L’AMLA supervise le régime LCB-FT. Le régime LCB-FT est le système de prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme — il découle des directives et règlements de l’UE consacrés à ce sujet (AMLR, AMLD6) ainsi que des dispositions nationales de transposition (en France : le Code monétaire et financier, complété par la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024).

L’AMLA NE supervise PAS le régime des sanctions de l’UE. Les sanctions de l’UE — au premier rang desquelles les règlements du Conseil (UE) 269/2014 et 833/2014 — relèvent de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), reposent sur une autre base juridique des traités (art. 215 TFUE) et obéissent à un système de mise en œuvre tout à fait différent. En France, ce régime est mis en œuvre par la DG Trésor (Direction générale du Trésor — gel des avoirs et registre national des gels), la Douane (DGDDI) (embargos commerciaux) et, le cas échéant, Tracfin et l’ACPR. La base répressive est l’article L574-3 du Code monétaire et financier.1

Ces deux régimes sont comme deux autoroutes distinctes — elles vont dans une direction voisine (prévenir les abus financiers et la criminalité), mais elles mènent à des destinations différentes, ont des opérateurs différents et des règles de circulation différentes. Le détail de la séparation entre ces deux régimes est exposé dans l’article LCB-FT et sanctions : différences essentielles, complémentaire de ce que vous lisez ici.

Le tableau comparatif le plus simple :

DimensionRégime LCB-FT (avec AMLA)Régime des sanctions de l’UE
Base juridiqueAMLR (2024/1624), AMLD6 (2024/1640), AMLAR (2024/1620) ; en FR : CMF + loi DDADUE n° 2024-364 du 22.04.2024Règlements du Conseil (UE) 269/2014 et 833/2014 ; en FR : art. L574-3 du CMF
Base dans les traitésArt. 114 TFUE (marché intérieur)Art. 215 TFUE (PESC)
Autorité européenneAMLA (Francfort)Pas d’autorité européenne de supervision ; mise en œuvre nationale
Autorité françaiseTracfin (CRF)DG Trésor (gel des avoirs), Douane/DGDDI (embargos)
Champ d’application personnelCatalogue fermé d’entités assujettiesToute personne physique et morale dans l’UE
ObjectifPrévenir le blanchiment de capitaux et le financement du terrorismeFaire respecter les mesures restrictives visant des personnes, entités et pays déterminés

Conséquence pratique : la création de l’AMLA ne dispense pas votre entreprise de l’obligation de sanction screening. Si vous exploitez une agence de voyage, une agence immobilière, un cabinet d’avocats, un hôtel, une société de leasing ou une boutique e-commerce, vous avez l’obligation de vérifier vos partenaires commerciaux au regard des listes de sanctions de l’UE, indépendamment du fait que vous soyez ou non une entité assujettie au titre de la LCB-FT. Cette obligation existe depuis 2014 et l’AMLA ne la modifie pas.


Ce que l’AMLA signifie pour une PME française

Détaillons par secteur.

Si vous êtes une banque, un établissement de paiement, un assureur, un cabinet comptable, un cabinet d’avocats ou une autre entité déjà assujettie à la LCB-FT aujourd’hui — de nouvelles normes techniques et orientations européennes de l’AMLA apparaîtront dans les années à venir et devront être mises en œuvre. Tracfin et votre autorité de supervision sectorielle (ACPR, AMF, ordres professionnels) restent vos interlocuteurs directs, mais leur pratique s’harmonisera avec les orientations de l’AMLA. Concrètement : attendez-vous à de nouvelles évaluations des risques, de nouveaux modèles de déclaration, de nouveaux standards KYC sur la période 2025-2028. Une procédure LCB-FT, vous devez de toute façon en avoir une — elle demande désormais une mise à jour.

Si vous exploitez un cabinet comptable ou une activité de conseil fiscal — situation identique. Vous êtes une entité assujettie dès aujourd’hui (art. L561-2 du Code monétaire et financier) ; l’AMLR confirme ce statut et précise vos obligations. Indépendamment de la LCB-FT, vous êtes soumis à l’obligation de sanction screening découlant des règlements de l’UE.

Si vous exercez le négoce de biens de luxe — bijoux, montres, véhicules premium, yachts, œuvres d’art — lisez attentivement l’AMLR. Vous pourriez entrer dans le nouveau catalogue des entités assujetties au-delà de certains seuils de valeur de transaction. Cela emporte des obligations de KYC, d’évaluation des risques et de déclaration à Tracfin que vous n’aviez formellement pas auparavant. Plus, bien sûr — indépendamment de la LCB-FT — l’obligation de sanction screening.

Si vous exploitez une agence de voyage, un hôtel, une agence marketing, une boutique e-commerce, une entreprise de transport — l’AMLA et le paquet AML 2024 n’introduisent probablement pas pour vous d’obligations LCB-FT directes nouvelles (à l’exception du plafond espèces de 10 000 EUR, qui concerne tout le monde). Mais votre obligation de sanction screening reste pleinement en vigueur. Le règlement 269/2014 s’impose à vous directement et sans exception sectorielle — depuis son adoption en 2014.

L’erreur la plus fréquente que nous rencontrons dans nos échanges avec les dirigeants d’entreprise : « Ah, nous ne sommes pas dans la LCB-FT, donc ça ne nous concerne pas. » Ça vous concerne. Les sanctions relèvent d’un autre régime, décrit dans notre article sur la directive 2024/1226 et la criminalisation des violations. Si vous vérifiez le bénéficiaire effectif d’un partenaire, il vaut aussi la peine de consulter le texte sur la règle de propriété de 50 % — c’est le standard appliqué pour déterminer si un partenaire est « contrôlé » par une entité figurant sur une liste.


Calendrier — quoi et quand

Si vous voulez disposer d’une chronologie d’ensemble, la voici :

  • 31 mai 2024 — adoption du règlement AMLAR (2024/1620), du règlement AMLR (2024/1624) et de la directive AMLD6 (2024/1640).
  • 19 juin 2024 — publication du paquet au Journal officiel de l’UE, série L.
  • Février 2024 — choix de Francfort comme siège de l’AMLA parmi neuf candidatures.
  • 30 décembre 2024 — application pleine et entière du règlement TFR (2023/1113) à l’égard des prestataires de services sur crypto-actifs.
  • 1ᵉʳ juillet 2025 — démarrage opérationnel de l’AMLA.
  • 2025-2027 — phase préparatoire : construction de la structure de l’AMLA, recrutement, publication des premières RTS/ITS, identification des entités soumises à supervision directe.
  • 10 juillet 2027 — délai de transposition de l’AMLD6 (2024/1640) en droit français.
  • 1ᵉʳ janvier 2028 — début de la supervision directe de l’AMLA sur les établissements financiers sélectionnés (jusqu’à 40 entités).
  • 2029 — entrée en vigueur des obligations LCB-FT pour les clubs de football professionnels et les agents de football.

Les dates d’application des différentes dispositions de l’AMLR sont échelonnées au sein de l’acte — avant de planifier des modifications de vos procédures LCB-FT, il est prudent de consulter directement EUR-Lex ou un avocat.


FAQ — questions fréquentes sur l’AMLA

L’AMLA va-t-elle contrôler mon entreprise ?

Très probablement non. L’AMLA doit placer sous supervision directe jusqu’à 40 entités : les plus grands établissements financiers à fort risque transfrontalier. Les autres entités restent sous la supervision des autorités nationales — en France, Tracfin et les autorités sectorielles (ACPR, AMF, ordres professionnels). Une PME française ne se trouvera pas sous la supervision directe de l’AMLA. L’effet pratique de l’AMLA sur votre entreprise sera indirect : par l’harmonisation des standards LCB-FT appliqués par les autorités françaises.

L’AMLA remplace-t-elle Tracfin ?

Non. Tracfin (cellule de renseignement financier français) reste l’autorité française de réception des déclarations de soupçon — elle traite les signalements des entités assujetties au sens du Code monétaire et financier et instruit les affaires LCB-FT en France. L’AMLA construit au-dessus de Tracfin une couche de coordination européenne : elle émet des orientations, coordonne l’échange d’informations via FIU.net et, dans des cas extrêmes, peut reprendre la supervision d’une entité donnée.

La création de l’AMLA me dispense-t-elle du sanction screening ?

Non. L’AMLA est une autorité LCB-FT. Le sanction screening découle du régime des sanctions de l’UE (règlements du Conseil 269/2014 et 833/2014, directement applicables), dont l’exécution et la répression en France reposent sur le Code monétaire et financier (art. L574-3) et le Code pénal — un système juridique totalement distinct. L’obligation de vérifier les partenaires commerciaux au regard des listes de sanctions reste en vigueur, indépendamment du paquet AML 2024 et de la création de l’AMLA.

Que change l’AMLR pour mon entreprise si je ne suis pas un établissement financier ?

Le plus souvent deux choses. La première — le plafond européen des paiements en espèces de 10 000 EUR dans l’activité professionnelle, applicable à toutes les entreprises. La seconde — si vous exercez le négoce de biens de luxe, d’œuvres d’art, de crypto-actifs ou une activité dans le secteur du football (à partir de 2029), vous pourriez entrer dans le nouveau catalogue élargi des entités assujetties, avec les obligations LCB-FT correspondantes. Pour la plupart des autres secteurs, l’AMLR en lui-même n’introduit pas de nouvelles obligations LCB-FT — mais l’obligation de sanction screening reste inchangée.

Quand l’AMLA publiera-t-elle ses premières orientations concrètes me concernant ?

L’AMLA publie ses premières normes techniques de réglementation et d’exécution (RTS, ITS) à partir de 2025, dans un processus étalé sur les années 2025-2028. Les orientations concrètes concernant votre secteur apparaîtront en cours de route. La source la plus fiable d’informations à jour est le site de l’AMLA (une fois pleinement lancé) ainsi que les communications des autorités françaises (Tracfin, DG Trésor).


Que faire concrètement — checklist pour un dirigeant de PME

  1. Vérifiez si votre entreprise est une entité assujettie à la LCB-FT au sens de l’article L561-2 du Code monétaire et financier — et si le nouveau catalogue de l’AMLR y change quelque chose (négoce de biens de luxe, crypto-actifs, certaines formes d’intermédiation immobilière).
  2. Vérifiez que vous appliquez le plafond de 10 000 EUR pour les paiements en espèces dans l’activité professionnelle. Si vous réalisez de gros paiements en espèces — passez au virement ou à un instrument scriptural.
  3. Indépendamment de l’étape 1 — mettez en place ou actualisez votre procédure de sanction screening. Cette obligation découle des règlements de l’UE 269/2014 et 833/2014, directement applicables, dont l’exécution et la répression en France reposent sur le Code monétaire et financier (art. L574-3) et le Code pénal, et non du paquet AML. Le paquet AML 2024 ne la modifie pas.
  4. Désignez une personne responsable de la compliance LCB-FT (si vous êtes une entité assujettie) et, séparément, de la compliance sanctions. Ce peut être la même personne, mais la documentation doit distinguer les deux régimes.
  5. Surveillez les actes d’exécution de l’AMLA — les premières RTS/ITS influeront sur la pratique des autorités françaises et pourront imposer une mise à jour des procédures LCB-FT dans les années à venir.
  6. Planifiez une révision de vos procédures en 2027 — la transposition de l’AMLD6 en droit français a pour échéance le 10 juillet 2027, ce qui entraînera des modifications du Code monétaire et financier.

Comment Sanqto peut aider

Sanqto est un logiciel de sanction screening conçu pour les entreprises hors secteur financier — agences de voyage, agences immobilières, cabinets d’avocats, cabinets comptables, négoce de biens de luxe et autres entités soumises à l’obligation de sanctions découlant des règlements de l’UE. L’AMLA et le paquet AML 2024 renforcent le régime LCB-FT voisin, mais votre obligation de vérification au regard des listes de sanctions reste inchangée depuis 2014. Sanqto s’installe dans le réseau du client (on-premise) — les données des partenaires ne quittent pas votre infrastructure. Le résultat de la vérification s’affiche sous l’un des trois états (MATCH, POSSIBLE, CLEAR), chaque contrôle est documenté automatiquement comme piste d’audit, et un pack de documents d’implémentation prêt à l’emploi est fourni (politique de sanctions, instruction de poste, registre des correspondances).


Bases juridiques

  • Règlement (UE) 2024/1620 du Parlement européen et du Conseil du 31 mai 2024 instituant l’Autorité de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (AMLAR) — CELEX 32024R1620

  • Règlement (UE) 2024/1624 du Parlement européen et du Conseil du 31 mai 2024 relatif à la prévention de l’utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux ou du financement du terrorisme (AMLR / single rulebook) — CELEX 32024R1624

  • Directive (UE) 2024/1640 du Parlement européen et du Conseil du 31 mai 2024 relative aux mécanismes à mettre en place par les États membres pour prévenir l’utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux ou du financement du terrorisme (AMLD6) — CELEX 32024L1640

  • Règlement (UE) 2023/1113 du Parlement européen et du Conseil du 31 mai 2023 sur les informations accompagnant les transferts de fonds et de certains crypto-actifs (TFR) — CELEX 32023R1113

  • Règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine — CELEX 32014R0269

  • Règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine — CELEX 32014R0833

  • Code monétaire et financier — Livre V titre VI (LCB-FT), art. L561-2 (catalogue des assujettis), art. L561-15 (déclaration de soupçon à Tracfin) ; art. L574-3 (sanctions pénales en cas de violation des mesures restrictives de l’UE) — legifrance.gouv.fr

  • Projet de loi n° 2544 (déposé le 3 mars 2026) — transposition en cours de la directive (UE) 2024/1226 en France (délai dépassé le 20 mai 2025, mise en demeure de la Commission le 24 juillet 2025) — assemblee-nationale.fr


Information, pas de conseil juridique. Cet article est fourni uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. L’analyse juridique d’une situation individuelle doit être effectuée avec un avocat compétent en droit des sanctions internationales et en droit du commerce extérieur. État du droit : 23 mai 2026.


  1. Art. L574-3 du Code monétaire et financier — sanctions pénales en cas de violation des mesures restrictives : 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende ; multiplication par cinq pour les personnes morales (art. 131-38 du Code pénal). Autorités de mise en œuvre en France : DG Trésor (gel des avoirs), DGDDI (Douane, embargos commerciaux), Tracfin. — Code monétaire et financier — art. L574-3, état au 23.05.2026 ↩︎