Directive (UE) 2024/1226 : transposition française et impact sur les entreprises
La directive (UE) 2024/1226 harmonise pour la première fois les sanctions pénales en cas de violation des sanctions de l'UE. La France a transposé par la loi DDADUE du 22 avril 2024. Que signifie cela pour les dirigeants ?

État du droit : 23 mai 2026.
La directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 20241 est le premier acte de l’UE qui harmonise les définitions des infractions pénales et les standards minimaux des sanctions pénales pour violation des mesures restrictives de l’Union dans tous les États membres. Avant son adoption, un cabinet d’agent immobilier français et une société de leasing slovaque encouraient pour la même violation des conséquences totalement différentes — parce que chaque pays avait ses propres règles. La France a transposé la directive en avance, par la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024 — soit avant même la publication officielle du texte de l’UE au JOUE. Cet article explique ce que la directive introduit, qui elle concerne et ce que vous devez faire concrètement dans votre entreprise.
TL;DR — l’essentiel
- La directive (UE) 2024/1226 du 24 avril 2024 est le premier acte de l’UE qui exige des 27 États de l’UE qu’ils criminalisent les violations des sanctions avec des peines minimales.1
- Le délai de transposition a expiré le 20 mai 2025.2 La France a transposé en avance, dès le 22 avril 2024, par la loi DDADUE n° 2024-364, qui a modifié l’article L574-3 du Code monétaire et financier.
- La directive prévoit des peines d’emprisonnement pour les personnes physiques — y compris dirigeants et associés — pour certaines catégories de violations.3
- Les entreprises (personnes morales) peuvent voir leur responsabilité engagée financièrement pour les violations commises en leur nom ou à leur profit.1
- Les retards de transposition dans certains États membres ne signifient pas une absence de risque — les règlements de l’UE n° 269/2014 et 833/2014 s’appliquent directement, sans reprise en droit national.45
- La directive concerne toute entreprise active sur le marché de l’UE — pas seulement les banques et les acteurs financiers.
Qu’est-ce que la directive 2024/1226 et pourquoi elle a vu le jour
Avant 2024, les sanctions pour violation des sanctions de l’UE différaient entre les États membres d’une manière difficilement justifiable. Dans un pays, la violation d’une interdiction commerciale était une contravention avec une amende relativement faible. Dans un autre — une infraction pénale grave assortie d’une peine d’emprisonnement. Une entreprise pouvait tenter d’« optimiser » par les juridictions au droit plus clément et conduire des transactions risquées là où le droit était plus faible.
La directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union et modifiant la directive (UE) 2018/1673 (ci-après : directive 2024/1226) met fin à cette disparité.1 Son objet est double : premièrement, fixer un catalogue commun de comportements qui doivent constituer une infraction pénale dans chaque État de l’UE ; deuxièmement, établir des standards minimaux des peines en deçà desquels aucun pays ne peut descendre.
La directive s’inscrit dans le contexte plus large de la réaction de l’UE à l’agression russe contre l’Ukraine. Les sanctions de l’UE contre la Russie — adoptées sur la base des règlements (UE) n° 269/20144 et n° 833/20145 et des paquets successifs (à la date de publication, 20 paquets)6 — s’appliquent en principe directement. Le problème est que l’application de ces interdictions restait une affaire de droit national. La directive 2024/1226 comble cette lacune par l’harmonisation des règles pénales.
Deux choses méritent d’être distinguées : les règlements de l’UE sur les mesures restrictives (c’est-à-dire les listes de sanctions et les interdictions) s’appliquent directement, sans transposition.45 La directive 2024/1226 n’impose pas de nouvelles sanctions économiques — elle impose aux États de l’UE de traiter les violations de ces sanctions comme des infractions pénales. Une distinction subtile mais importante, sur laquelle nous reviendrons dans une section dédiée.
Ce que la directive introduit — définitions communes d’infractions et peines minimales
La directive 2024/1226 définit un catalogue fermé de comportements que chaque État de l’UE doit reconnaître comme infraction pénale.1 Il vise les situations dans lesquelles une personne, intentionnellement et en violation d’une interdiction ou d’une obligation issues d’une mesure restrictive de l’Union :
- met à disposition d’un acteur ou d’une personne sanctionnée des fonds ou des ressources économiques,
- n’exécute pas une décision de gel des fonds ou des ressources économiques,
- permet à une personne frappée d’interdiction d’entrée d’entrer ou de transiter sur le territoire de l’UE,
- effectue des transactions financières, des opérations sur des biens ou des services, soumises à une interdiction,
- fournit des services financiers et non financiers à des acteurs sanctionnés,
- contourne les sanctions ou viole les obligations de déclaration issues des régimes de sanctions.
Le catalogue ne se limite donc pas aux transactions financières — il couvre aussi les opérations sur des biens, les services de conseil, de logistique ou d’informatique. Si votre entreprise est par exemple un cabinet d’agent immobilier, une agence de traduction ou un organisme de formation qui a fourni des services à un acteur sanctionné — ce catalogue vous concerne également.
L’élément central de la directive est le mécanisme « minimum for the maximum » : les États de l’UE doivent veiller à ce que la peine maximale dans leur droit national corresponde au moins au niveau fixé. Pour les violations relatives à des fonds ou ressources économiques d’une valeur d’au moins 100 000 €, la directive exige une peine maximale d’emprisonnement d’au moins cinq ans.3 La directive n’interdit pas des peines plus élevées — certains États de l’UE ont fixé dans leur droit national des seuils plus élevés que le minimum de la directive ; le droit français à l’art. L574-3 du Code monétaire et financier prévoit, depuis la loi DDADUE du 22 avril 2024, une peine de 5 ans d’emprisonnement et de 750 000 € d’amende (multipliée par cinq pour les personnes morales — soit 3 750 000 €) — mais la directive définit le seuil inférieur.
La directive criminalise aussi l’incitation et la complicité à la violation des sanctions.1 Le collaborateur de votre service achats qui a « fermé les yeux » parce que le partenaire commercial était sur la liste est également exposé — et pas seulement le dirigeant.
Responsabilité des personnes physiques et morales — les dirigeants dans le viseur
La directive 2024/1226 distingue clairement deux catégories d’acteurs susceptibles d’être responsables : personnes physiques et personnes morales (sociétés, entrepreneurs).1
Personnes physiques — dirigeants et membres du directoire pénalement responsables
La responsabilité pénale issue de la directive vise principalement les personnes physiques — c’est-à-dire des personnes concrètes qui ont décidé d’une transaction ou piloté le processus ayant conduit à la violation. Dirigeant, membre du directoire, mandataire — toute personne physique qui, intentionnellement, a provoqué une violation des sanctions peut comparaître devant le juge correctionnel et être condamnée à une peine d’emprisonnement.
Cette peine n’est pas virtuelle. La directive exige que, pour les violations liées à la mise à disposition de fonds à un acteur sanctionné ou au non-respect d’un gel, lorsque la valeur de la transaction atteint au moins 100 000 €, la peine maximale d’emprisonnement soit d’au moins cinq ans.3 Le Code monétaire et financier français7, à son article L574-3, prévoit pour les violations des règlements de sanctions de l’UE une peine de 5 ans d’emprisonnement et de 750 000 € d’amende — peine introduite et renforcée par la loi DDADUE du 22 avril 2024. Le droit français satisfait ainsi très largement aux exigences minimales de la directive — et va même au-delà sur certains points (par exemple en cumulant systématiquement amende et peine d’emprisonnement).
Détail important : la directive utilise un mécanisme de circonstances aggravantes et atténuantes. Parmi les aggravantes, elle cite notamment l’action dans une structure criminelle organisée, l’utilisation de faux documents, l’obtention d’un avantage patrimonial important. Parmi les atténuantes — notamment l’information volontaire des autorités et la coopération avec elles.1 L’absence de toute procédure de vérification des partenaires peut être interprétée par les autorités comme une circonstance aggravante, et non atténuante.
Personnes morales — l’entreprise répond financièrement des violations commises en son nom
La directive impose aux États de l’UE d’assurer la responsabilité des personnes morales pour les infractions de sanctions commises par des personnes ayant agi en leur nom ou à leur profit.1 Cela signifie qu’à côté de la responsabilité pénale du dirigeant, l’entreprise en tant que personne morale peut être sanctionnée financièrement.
La directive exige que les amendes pour les entreprises soient effectives, proportionnées et dissuasives. Les cadres concrets ont été précisés par la transposition française : la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024 a modifié l’article L574-3 du Code monétaire et financier, et l’amende encourue par les personnes morales s’élève — en application de l’article 131-38 du Code pénal — au quintuple de celle prévue pour les personnes physiques, soit 3 750 000 € (750 000 × 5).8 La directive impose en outre, pour les violations graves, un plancher d’au moins 5 % du chiffre d’affaires annuel mondial ou de 40 M€ — le montant le plus élevé étant retenu.
Important : la responsabilité financière de l’entreprise et la responsabilité pénale du dirigeant ne s’excluent pas. Elles peuvent être engagées simultanément, dans des procédures distinctes, par des autorités différentes.
Règlement vs directive — pourquoi celle-ci exige une transposition nationale
Cette question revient souvent et elle est totalement légitime. Si les règlements de l’UE s’appliquent directement — pourquoi la directive exige-t-elle une transposition supplémentaire par chaque État ?
Les règlements de l’UE sont d’application directe : ils lient et s’appliquent dans tous les États membres sans transposition en droit national.4 Le règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 20144 et le règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 20145 imposent des interdictions concrètes — gel des fonds, embargo sur les biens — et tout entrepreneur en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas y est tenu depuis leur entrée en vigueur, indépendamment de ce que dit le droit national.
La directive est un instrument différent. Elle impose aux États membres l’obligation d’atteindre un certain résultat — ici : criminaliser les violations des sanctions avec des peines minimales — mais leur laisse le choix de la forme et des moyens. Les États doivent adopter ou modifier le droit national pour que la directive produise ses effets à l’égard des citoyens et des entreprises. Une directive en tant que telle n’est pas une source directe de responsabilité pénale — seule la disposition nationale (la loi) la produit.
Cela explique le paradoxe : les violations des sanctions de l’UE contre la Russie sont d’ores et déjà — et de longue date — interdites (sur la base des règlements), mais l’étendue de la responsabilité pénale varie selon ce que chaque pays a déjà transposé. La France a procédé avec célérité : la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024, publiée au JORF n° 0095 du 23 avril 2024, a transposé la directive 2024/1226 en modifiant l’article L574-3 du CMF — soit avant même la publication officielle de la directive elle-même au JOUE (29 avril 2024).
Le délai de transposition de la directive dans tous les États de l’UE a expiré le 20 mai 2025.2 La France a respecté ce délai — et même devancé : la transposition est effective depuis avril 2024. Les retards d’autres États ne dispensent pas leurs entreprises des obligations issues des règlements — ceux-ci continuent à s’appliquer directement.
Comment la France a transposé la directive 2024/1226
La transposition française de la directive 2024/1226 a été réalisée par la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne (ci-après : loi DDADUE).2 Le texte a été publié au JORF n° 0095 du 23 avril 2024 et est entré en vigueur dès sa publication. La France figure ainsi parmi les premiers États membres à avoir transposé.
Concrètement, la loi DDADUE a modifié l’article L574-3 du Code monétaire et financier pour renforcer les sanctions pénales applicables aux violations des mesures restrictives de l’UE. La peine est désormais fixée à 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende pour les personnes physiques. Pour les personnes morales, en application de l’article 131-38 du Code pénal, l’amende est multipliée par cinq — soit 3 750 000 €. La confiscation des sommes et biens en lien avec l’infraction est possible au titre des articles 131-21 et 132-1 du Code pénal.
Que signifie cela en pratique ? Premièrement, la France n’est pas visée par la procédure d’infraction que la Commission européenne a engagée contre certains États membres qui n’ont pas transposé dans les délais.2 Deuxièmement — et c’est plus important pour vous en tant que dirigeant — les dispositions du CMF, en particulier l’art. L574-3 dans sa nouvelle rédaction, s’appliquent pleinement, y compris la peine d’emprisonnement de 5 ans pour les violations des interdictions issues des règlements de l’UE. Les règlements 269/2014 et 833/2014 continuent à s’appliquer directement.45
Il est en outre important de savoir qu’en France il n’existe pas de liste de sanctions nationale autonome propre — les sanctions appliquées sont celles des listes consolidées de l’UE (règl. 269/2014, 833/2014) et de la liste consolidée de l’ONU ; pour les points de contact américains, la liste OFAC SDN est également pertinente.9 La DG Trésor (Direction générale du Trésor) tient toutefois le registre national des personnes et entités faisant l’objet d’une mesure de gel des avoirs, qui consolide les mesures européennes et les mesures de gel administratif prononcées par arrêté ministériel. La DG Trésor, la Douane (DGDDI) et l’ACPR sont les autorités d’exécution compétentes pour le prononcé des sanctions et le gel des avoirs en cas de non-respect de l’obligation de gel issue des règlements de l’UE.10
Comment certains États de l’UE ont procédé pour la transposition — qui a transposé dans les délais et qui ne l’a pas fait — nous le décrivons en détail dans l’article Transposition de la directive 2024/1226 — 9 pays de l’UE ayant respecté le délai.
Ce que cela signifie pour votre entreprise
La directive 2024/1226 ne change pas ce qu’il est interdit de faire — les interdictions découlent des règlements de l’UE. Elle change en revanche les conséquences d’une violation et l’identité de ceux qui en répondent personnellement.
Si vous dirigez une entreprise hors secteur financier — agence de voyage, cabinet d’agent immobilier, société de leasing, boutique e-commerce, société d’assurance — et avez jusqu’à présent supposé que la conformité sanctions était l’affaire des banques, cette directive et sa transposition française sont un signal clair que ce n’est pas le cas.
Quelques implications concrètes :
Dirigeants et associés répondent personnellement. La directive exige que la responsabilité pénale vise les personnes physiques qui prennent les décisions. Le dirigeant d’une SARL unipersonnelle de services qui a vendu une prestation à un acteur listé risque une procédure pénale — pas seulement une amende contre la société.
L’incitation et la complicité sont des infractions. Un collaborateur qui savait que le partenaire était listé et n’a pas réagi peut être inquiété. Cela signifie que la formation des collaborateurs et une procédure claire ne sont pas de simples formalités — elles constituent un véritable bouclier pour l’ensemble de l’organisation.
Responsabilité cumulée. L’entreprise et les dirigeants peuvent être poursuivis simultanément — l’entreprise financièrement (au titre de la responsabilité pénale des personnes morales, art. 121-2 du Code pénal), les dirigeants pénalement. Les deux formes de responsabilité sont autonomes et peuvent être conduites en parallèle.
La négligence ne protège pas. L’argument « je ne savais pas que le partenaire était listé » peut atténuer la peine, mais ne l’exclut pas. La directive exige l’intention — mais l’absence de toute procédure de vérification peut être interprétée comme la preuve d’une négligence grave, et non comme une circonstance atténuante.
Les entreprises actives dans des pays qui ont transposé la directive sont soumises aux dispositions locales plus strictes. Si vous vendez aux Pays-Bas, avez une succursale en Suède ou expédiez via la Lituanie — une violation des sanctions dans ces pays engage déjà la responsabilité pénale au titre de leurs dispositions de transposition de la directive 2024/1226.12 Pour la France, la transposition est déjà en vigueur depuis avril 2024 — le risque y est donc actuel.
Une vision plus complète des sanctions — y compris les amendes, l’autorité de prononcé (DG Trésor, DGDDI, ACPR10) et l’exclusion des marchés publics — figure dans l’article Sanctions pénales et amendes pour violation des sanctions UE en France.
Ce qu’il faut faire concrètement — 6 étapes
Vérifiez si votre entreprise est soumise à l’obligation de sanction screening. Les règlements de l’UE imposent à toute entreprise active sur le marché de l’Union — sans exception, sans seuil minimal. L’étendue des obligations supplémentaires (par ex. déclarations à Tracfin) dépend de votre qualité d’assujetti à la LCB-FT au titre de l’art. L561-2 du CMF. Détails dans l’article Obligation de sanction screening pour les entreprises hors secteur financier.
Identifiez les partenaires et transactions à haut risque. Commencez par les acteurs ayant des liens avec la Russie, la Biélorussie, l’Iran, la Syrie et la Corée du Nord. Examinez les contrats actifs et l’historique des transactions des deux dernières années — l’inscription d’un partenaire sur la liste a pu intervenir en cours de relation.
Effectuez le contrôle face aux listes de sanctions. Au minimum, l’EU Consolidated Sanctions List (disponible sur sanctionsmap.eu)11 et le registre national des gels tenu par la DG Trésor. Si vous avez des partenaires aux États-Unis — contrôlez en plus la liste OFAC SDN. Un guide détaillé figure dans l’article Sanctions contre la Russie — ce que votre entreprise doit savoir.
Mettez en œuvre une procédure écrite et désignez un responsable. Une politique sanctions écrite, une procédure pour les collaborateurs et un registre des résultats sont le minimum. Sans documentation, le screening n’existe pas aux yeux de l’autorité de contrôle. La directive 2024/1226 renforce la position des entreprises disposant de procédures documentées — un élément de défense dans une éventuelle procédure.
Documentez chaque contrôle avec résultat et date. Date du contrôle, liste utilisée, résultat (correspondance ou pas), opérateur — ces informations constituent le bouclier en cas de procédure. Une trace de contrôle avant transaction est une preuve de diligence.
Suivez les modifications des listes et l’évolution du droit français. Les listes de sanctions de l’UE contre la Russie sont régulièrement mises à jour — à la date de publication, 20 paquets de sanctions ont été adoptés.6 L’évolution éventuelle des dispositions de transposition peut exiger une mise à jour de vos procédures. Suivez les publications via legifrance.gouv.fr et tresor.economie.gouv.fr.
FAQ — questions fréquentes sur la directive 2024/1226
En quoi la directive 2024/1226 diffère-t-elle des règlements de sanctions de l’UE ? Les règlements (par ex. 269/2014 et 833/2014) imposent les interdictions elles-mêmes — gel des fonds, embargo sur les biens. Ils s’appliquent directement, sans transposition.45 La directive 2024/1226 n’impose pas de nouvelles interdictions — elle oblige les États de l’UE à faire en sorte que les violations de ces interdictions constituent des infractions pénales avec des sanctions minimales. La directive nécessite une transposition par le droit national ; en France, c’est la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024.
La directive ne concerne-t-elle que les entreprises financières ? Non. La directive vise toute personne physique et toute entreprise qui enfreint les mesures restrictives de l’Union — quel que soit le secteur. Agence de voyage, cabinet d’agent immobilier, société informatique, transitaire — tout acteur exerçant sur le marché de l’UE entre dans son champ d’application.1 Le secteur financier a des obligations supplémentaires (LCB-FT, KYC), mais l’obligation de respect des sanctions est générale.
La France a-t-elle transposé la directive ? Oui — en avance. La France a transposé la directive (UE) 2024/1226 par la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 (DDADUE), publiée au JORF n° 0095 du 23 avril 2024. La transposition est effective depuis avril 2024 — soit avant l’expiration du délai (20 mai 2025) et même avant la publication officielle de la directive au JOUE. La France figure parmi les États membres pionniers.
Qui répond personnellement — l’entreprise ou les dirigeants ? Les deux, indépendamment l’un de l’autre. L’entreprise répond financièrement pour les violations commises en son nom ou à son profit (responsabilité pénale des personnes morales, art. 121-2 du Code pénal ; amende multipliée par cinq, art. 131-38 du Code pénal). Les personnes physiques — dirigeant, membre du directoire, mandataire — répondent pénalement si elles ont, intentionnellement, provoqué une violation. La directive exige que les deux mécanismes existent dans le droit national.1
Que change concrètement la loi DDADUE par rapport au droit antérieur ? La loi a modifié l’article L574-3 du Code monétaire et financier pour introduire/confirmer la peine de 5 ans d’emprisonnement et de 750 000 € d’amende (multipliée par cinq pour les personnes morales, soit 3 750 000 €) en cas de violation des mesures restrictives de l’UE. Elle a précisé le périmètre des actes punissables (mise à disposition de fonds, non-respect du gel, contournement) pour le mettre en conformité avec le catalogue de l’art. 3 § 1 de la directive 2024/1226.
Combien de temps ai-je pour adapter mes procédures ? Les interdictions issues des règlements de l’UE s’appliquent depuis leur entrée en vigueur — il n’y a pas de période d’adaptation pour les acteurs privés. Les dispositions de l’art. L574-3 du CMF dans sa rédaction issue de la loi DDADUE sont en vigueur depuis le 23 avril 2024. En pratique, la mise en place de procédures de sanction screening et la documentation des contrôles doivent être effectuées dès à présent — toute violation postérieure à cette date est soumise au régime renforcé.
Comment Sanqto peut aider
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Bases juridiques
Ci-après les actes juridiques avec des sources vérifiées qui fondent l’article :
- Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union et facilitant ces violations, et modifiant la directive (UE) 2018/1673 — CELEX 32024L1226
- Règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 — CELEX 32014R0269
- Règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 — CELEX 32014R0833
- Code monétaire et financier (CMF) — en particulier les articles L574-1 à L574-3 (sanctions pénales) et L562-1 et suivants (gel des avoirs) — legifrance.gouv.fr
- Loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne (DDADUE) — JORF n° 0095 du 23 avril 2024
- Code pénal — articles 121-2 (responsabilité pénale des personnes morales), 131-21 (confiscation), 131-38 (multiplication par cinq de l’amende pour les personnes morales)
- Liste consolidée des sanctions de l’UE — Commission européenne (DG FISMA) : webgate.ec.europa.eu/fsd
- Registre national des gels — DG Trésor : https://gels-avoirs.dgtresor.gouv.fr/
Information, pas de conseil juridique. Cet article est fourni uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. L’analyse juridique d’une situation individuelle doit être effectuée avec un avocat compétent en droit des sanctions internationales et en droit du commerce extérieur. État du droit : 23 mai 2026.
Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 — art. 3 § 1 (catalogue des comportements infractionnels et exigence d’intention), art. 4 § 1 (incitation et complicité), art. 5 (sanctions), art. 6 (responsabilité des personnes morales), art. 8-9 (circonstances aggravantes et atténuantes) : « Les États membres veillent à ce que les comportements suivants constituent une infraction pénale lorsqu’ils sont commis intentionnellement et en violation d’une interdiction ou d’une obligation prévue par une mesure restrictive de l’Union » — CELEX 32024L1226, eur-lex.europa.eu, état au 23.05.2026 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Directive (UE) 2024/1226, art. 20 § 1 : « Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 20 mai 2025. » Loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 (DDADUE) — JORF n° 0095 du 23 avril 2024 — transposition française effective avant l’échéance. — CELEX 32024L1226, legifrance.gouv.fr, état au 23.05.2026 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Directive (UE) 2024/1226, art. 5 § 3 b) : les violations relevant de l’art. 3 § 1 a), b) et h)(i)-(ii) portant sur des fonds ou ressources économiques d’une valeur d’au moins 100 000 € « sont passibles d’une peine maximale d’au moins cinq ans d’emprisonnement » — CELEX 32024L1226, eur-lex.europa.eu, état au 23.05.2026 ↩︎ ↩︎ ↩︎
Règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 — art. 2 §§ 1-2 : « Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant à […] toute personne physique […] énumérée à l’annexe I […]. » — CELEX 32014R0269, eur-lex.europa.eu, état au 23.05.2026 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 — art. 2 § 1 : « Il est interdit de vendre, fournir, transférer ou exporter […] des biens et technologies à double usage […]. » — CELEX 32014R0833, eur-lex.europa.eu, état au 23.05.2026 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
DG FISMA, Commission européenne — Sanctions adopted following Russia’s military aggression against Ukraine, dernière mise à jour 23 avril 2026 (20ᵉ paquet de sanctions) : finance.ec.europa.eu, état au 23.05.2026 ↩︎ ↩︎
Code monétaire et financier — art. L574-3 (5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende pour violation des règlements de sanctions de l’UE), modifié par la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 ; art. 131-38 du Code pénal (multiplication par cinq de l’amende pour les personnes morales) — legifrance.gouv.fr, état au 23.05.2026 ↩︎
Art. L574-3 du CMF (5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende) combiné à l’art. 131-38 du Code pénal (amende ×5 pour les personnes morales, soit 3 750 000 €) — Code monétaire et financier — art. L574-3, art. 131-38 Code pénal, état au 23.05.2026 ↩︎
CMF combiné à la loi DDADUE : en France, il n’existe pas de liste de sanctions nationale autonome — les listes appliquées sont les listes consolidées de l’UE (règl. 269/2014, 833/2014), la liste consolidée de l’ONU et, pour les points de contact américains, la liste OFAC SDN ; la DG Trésor tient cependant le registre national des gels d’avoirs. — gels-avoirs.dgtresor.gouv.fr, état au 23.05.2026 ↩︎
CMF, loi DDADUE, art. L574-3 du CMF ainsi que les autorités d’exécution : DG Trésor, DGDDI (Douane), ACPR, Tracfin — autorités compétentes en France pour les sanctions et le gel des avoirs. — tresor.economie.gouv.fr, douane.gouv.fr, état au 23.05.2026 ↩︎ ↩︎
Liste consolidée des sanctions de l’UE — Commission européenne (DG FISMA) : webgate.ec.europa.eu/fsd, état au 23.05.2026 ↩︎