Embargo sur la Russie — guide pratique pour les entreprises exportatrices et importatrices
Qu'est-ce que l'embargo sur la Russie, quels biens sont visés et comment vérifier un code NC dans la base TARIC. Guide pratique pour les PME exportatrices et importatrices.

L’embargo sur la Russie n’est pas seulement un sujet médiatique — c’est un ensemble d’interdictions juridiques concrètes qui s’imposent à votre entreprise en vertu des règlements de l’Union européenne, directement et sans aucune transposition nationale. Si vous exportez des biens, importez des matières premières ou prévoyez de vendre à des clients situés dans des pays tiers, vous devez savoir quels produits sont interdits et comment le vérifier avant que la marchandise n’arrive au dédouanement.
Cet article explique ce qu’est un embargo sectoriel, comment le distinguer des sanctions individuelles, quelles catégories de biens sont visées par l’interdiction et comment vérifier, étape par étape, votre produit précis dans les outils officiels de l’UE.
État du droit au : 2026-05-20.
L’essentiel en 60 secondes
- L’embargo est une interdiction de commercer certains biens ou services — à distinguer des sanctions individuelles (gel des avoirs de personnes précises figurant sur une liste). Les deux mécanismes fonctionnent en parallèle.1
- La base juridique de l’embargo sur la Russie est avant tout le règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014, modifié par l’ensemble des 20 paquets de sanctions.1
- L’embargo vise notamment : les biens et technologies à double usage (dual-use), les technologies militaires avancées, les biens de luxe, les matières premières énergétiques (importation de pétrole et de gaz), l’acier et le fer.1
- Le code NC (Nomenclature combinée) est un identifiant à 8 chiffres du produit — le connaître permet de déterminer sans ambiguïté si votre produit est visé par l’interdiction. Vous le vérifiez dans la base TARIC de la Commission européenne.2
- Depuis le 11ᵉ paquet (23 juin 2023), la clause « No re-export to Russia » s’applique — l’exportateur de l’UE doit obtenir de l’acheteur situé dans un pays tiers une déclaration écrite attestant que le bien ne parviendra pas en Russie.34
- En cas de violation de l’embargo, la responsabilité pénale est encourue en France : 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende (art. L574-3 du Code monétaire et financier), portés à 3 750 000 € pour les personnes morales (art. 131-38 du Code pénal),5 renforcés depuis 2024 par la directive (UE) 2024/1226.6
Qu’est-ce qu’un embargo et en quoi diffère-t-il des sanctions individuelles
Le mot « sanctions » recouvre en réalité deux mécanismes juridiques distincts, souvent confondus, y compris par les personnes en charge de la conformité. Il vaut la peine de les séparer, car la violation de chacun d’eux entraîne une procédure de vérification différente et une étendue de responsabilité différente.
Les sanctions individuelles (en anglais individual/targeted sanctions) consistent à geler les fonds et ressources économiques de personnes physiques ou d’entités précises, nommément désignées sur une liste de sanctions. Si votre contrepartie figure sur cette liste, vous ne pouvez conclure avec elle aucune transaction — quel que soit le type de bien ou de service. La base juridique de ces sanctions est le règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014.7
L’embargo (sanctions sectorielles) fonctionne autrement : il interdit le commerce de certaines catégories de biens ou de services — indépendamment du fait que votre contrepartie figure ou non sur une liste quelconque. Même si l’acheteur est une entreprise sans aucun lien avec la Russie par une inscription sur liste, une transaction portant sur un bien interdit est illégale. La base juridique de l’embargo sur la Russie est le règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014.1
En pratique, les deux mécanismes doivent être vérifiés simultanément et indépendamment : vous vérifiez d’abord la contrepartie sur les listes (s’agit-il d’une personne ou d’une entité sous sanctions), puis vous vérifiez le bien ou le service (la transaction est-elle même autorisée, indépendamment de la partie). Omettre l’une de ces étapes constitue une violation potentielle des sanctions.
Base juridique de l’embargo sur la Russie
L’acte principal régissant l’embargo sur les biens et services dans les relations avec la Russie est le règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine (CELEX 32014R0833).1 Le règlement est entré en vigueur presque en même temps que l’annexion de la Crimée par la Russie et a été étoffé au fil des années par les paquets de sanctions successifs.
Un règlement de l’UE est directement applicable dans tous les États membres — il ne nécessite aucune transposition en droit national et s’impose dès son entrée en vigueur, aussi bien en France qu’en Allemagne ou en Pologne.8 Cela signifie que vous ne pouvez pas invoquer l’absence d’une disposition nationale : si le règlement 833/2014 interdit une transaction donnée, cette interdiction s’impose directement à votre entreprise par le texte même de l’acte de l’UE.
Jusqu’en mai 2026, l’UE a adopté au total 20 paquets de sanctions contre la Russie, chacun élargissant le champ de l’embargo — en ajoutant de nouvelles catégories de biens, de nouveaux codes NC et de nouvelles interdictions de services.9 Le dernier, le 20ᵉ paquet, est entré en vigueur le 23 avril 2026. Cela signifie que la liste des biens interdits dépasse largement ce que contenait le texte initial du règlement de 2014 — une vérification effectuée il y a un an peut déjà être obsolète.
Sur le plan national, l’exécution et la répression reposent en France sur le Code monétaire et financier (CMF) et le Code pénal, qui fixent le régime des sanctions pénales applicables aux violations des règlements de l’UE.10 Le droit français ne remplace pas le règlement de l’UE — il fonctionne à côté de lui, en le complétant par les mécanismes nationaux d’exécution (gel des avoirs par la DG Trésor, contrôle douanier par la DGDDI).
Pour en savoir plus sur les paquets successifs et leur chronologie, consultez l’article Ce que les sanctions de l’UE contre la Russie changent pour les entreprises.
Quelles catégories de biens l’embargo vise-t-il
Le règlement 833/2014 et ses modifications successives distinguent plusieurs catégories nettes de biens visés par l’interdiction. Le principe clé est que ces biens sont énumérés avec précision dans les annexes du règlement, identifiés par des codes NC (Nomenclature combinée) — des identifiants douaniers à 8 chiffres.11 Les principales catégories sont présentées ci-dessous.
Biens et technologies à double usage (dual-use)
La notion de double usage (dual-use) désigne les produits qui ont à la fois une application civile et militaire. Exemple classique : des circuits intégrés avancés utilisés dans des équipements grand public peuvent aussi servir dans des systèmes de guidage de missiles. Le règlement 833/2014 interdit la vente, la fourniture, le transfert ou l’exportation de biens et technologies à double usage — directement ou indirectement — à toute personne ou entité en Russie ou aux fins d’une utilisation en Russie, lorsque ces produits sont susceptibles d’être employés à des fins militaires.1
L’interdiction porte non seulement sur le bien lui-même, mais aussi sur les services techniques associés, le financement et l’intermédiation. Si vous exercez dans le domaine de l’électronique, de l’optoélectronique, de la navigation, des capteurs, des moteurs, de la robotique ou des logiciels de pilotage de procédés — votre offre peut contenir des positions à double usage. Vous n’avez pas besoin de produire des armes pour relever de cette interdiction.
Technologies avancées et composants militaires
L’embargo couvre un large éventail de technologies à potentiel militaire : électronique, composants semi-conducteurs, drones et éléments de systèmes de navigation, ainsi que matériels et équipements directement destinés aux forces armées. Pour cette catégorie, l’interdiction est absolue — il n’existe ni dérogation ni licence qui pourrait la lever.
Biens de luxe
Le règlement 833/2014 interdit l’exportation vers la Russie de biens de luxe au-delà d’un seuil de valeur fixé dans une annexe du règlement.1 Le catalogue inclut notamment les véhicules de luxe, la bijouterie, les articles de cuir et de tissus haut de gamme, les œuvres d’art, les alcools premium, les montres et les cosmétiques haut de gamme.
Si vous vendez des biens susceptibles d’être qualifiés de luxe, il est nécessaire de vérifier le texte consolidé du règlement 833/2014 sur EUR-Lex ou dans la base TARIC pour le code NC précis et les seuils de valeur applicables.2
Matières premières énergétiques — embargo à l’importation
Dans cette catégorie, le sens de l’interdiction est inverse de celui des précédentes : c’est la France et les autres pays de l’UE qui ne peuvent pas importer certaines matières premières depuis la Russie. L’interdiction d’importation porte sur le pétrole brut transporté par voie maritime, les produits pétroliers (sous réserve d’exemptions progressives pour le pétrole livré par oléoduc), le gaz naturel (y compris le GNL) et le GPL.1
Cette interdiction est particulièrement importante pour les entreprises du secteur énergétique, du négoce de carburants et de la logistique. En revanche, les entreprises d’autres branches qui achètent de l’énergie par l’intermédiaire de fournisseurs nationaux sont à l’écart de cette interdiction — à condition de ne pas conclure elles-mêmes de contrats directs de matières premières avec des entités russes.
Acier et fer
L’embargo à l’importation couvre aussi les produits russes en fer et en acier : tubes, barres, profilés et autres produits sidérurgiques.1 Pour les entreprises du bâtiment, de la production industrielle et de la métallurgie, qui ont pu historiquement importer des produits sidérurgiques bon marché de l’Est, cela impose de vérifier la chaîne d’approvisionnement — en particulier lorsque la matière première transite par des pays tiers et peut être d’origine russe.
Interdictions dans le secteur des services
L’embargo ne se limite pas aux biens. L’article 5n du règlement 833/2014 introduit l’interdiction de fournir une série de services au gouvernement russe et aux entités établies en Russie.12 L’interdiction vise notamment les services de conseil aux entreprises, de comptabilité et d’audit, de relations publiques, de gestion et de conseil, ainsi que la vente et le transfert de logiciels de gestion d’entreprise et de logiciels de conception industrielle.12
S’agissant des services de transport : les camions et remorques russes ont interdiction d’entrée sur le territoire de l’UE, et les navires battant pavillon russe ne peuvent pas faire escale dans les ports de l’UE.13
Embargo à l’exportation et embargo à l’importation
Avant de vérifier votre bien, vous devez savoir dans quel sens l’interdiction s’applique. L’embargo sur la Russie n’est pas unilatéral.
L’embargo à l’exportation interdit l’envoi de biens de l’UE vers la Russie. Il concerne avant tout les biens à double usage, les technologies avancées, le matériel militaire, les biens de luxe et une large gamme de produits industriels. En tant qu’exportateur établi en France ou entreprise intermédiaire dans l’exportation, vous répondez du respect de cette interdiction.
L’embargo à l’importation interdit l’introduction de certains biens depuis la Russie vers l’UE. Il concerne principalement les matières premières énergétiques (pétrole, gaz, GNL), les produits métallurgiques (acier, fer), certaines matières premières chimiques et agricoles. En tant qu’importateur, vous devez vérifier non seulement l’identité du vendeur, mais aussi le pays d’origine du bien — même si vous achetez auprès d’un intermédiaire enregistré hors de Russie.
Les deux types d’interdiction s’appliquent au niveau de la transaction et ne dépendent pas du lieu d’établissement de votre entreprise sur le territoire de l’UE — il suffit que la transaction ait un lien avec l’UE (une partie située dans l’UE, un bien transitant par l’UE, un paiement via une banque de l’UE). Une présentation détaillée des sanctions dans les deux sens figure dans l’article Quelles sanctions s’appliquent à la Russie et ce que cela signifie pour votre entreprise.
Comment vérifier si votre bien est visé — code NC et base TARIC
Nous passons ici à la partie pratique. La vérification du fait qu’un bien précis relève de l’interdiction se déroule en deux étapes : déterminer le code NC du produit et le contrôler dans l’outil approprié.
Qu’est-ce qu’un code NC ?
Le code NC (Nomenclature combinée, Combined Nomenclature) est un numéro à 8 chiffres identifiant chaque type de bien à des fins douanières. Il est utilisé dans tous les États membres de l’UE. Les 4 premiers chiffres correspondent à la position tarifaire (qui distingue le groupe général de produits), les chiffres suivants précisent la sous-catégorie. Exemple : la catégorie générale des tubes en acier correspond aux positions 7304–7306, tandis qu’un type précis de tube en acier sans soudure correspond au code NC complet à 8 chiffres qui distingue ce produit.11
Le code NC figure dans les documents commerciaux et douaniers de votre bien : facture d’exportation, certificat d’origine, déclaration en douane (DAU). Si vous ne savez pas quel code attribuer à votre produit, vous pouvez consulter un commissionnaire en douane ou utiliser le classificateur de la base TARIC.
Qu’est-ce que la base TARIC ?
TARIC (Tarif intégré des Communautés européennes) est la base officielle de la Commission européenne qui relie le tarif douanier de l’UE à l’ensemble des restrictions commerciales découlant du droit en vigueur — y compris les interdictions liées aux sanctions.2 En saisissant le code NC du produit dans le moteur de recherche TARIC, vous obtenez l’information indiquant si et quelles restrictions s’appliquent à l’exportation ou à l’importation de ce bien, notamment s’il est visé par une interdiction découlant des sanctions contre la Russie.
L’outil est accessible gratuitement à l’adresse : https://ec.europa.eu/taxation_customs/dds2/taric/taric_consultation.jsp2
Comment réaliser la vérification étape par étape
- Déterminez le code NC de votre bien. Utilisez les documents douaniers ou le classificateur TARIC — saisissez le nom du produit et parcourez l’arborescence des catégories pour trouver le bon code à 8 chiffres.
- Accédez au site TARIC et saisissez le code NC dans le champ de recherche. Choisissez le sens : exportation (vers des pays tiers, dont la Russie) ou importation (depuis des pays tiers, dont la Russie). Indiquez la Russie (RU) comme pays.
- Vérifiez les résultats. TARIC affichera le tarif douanier en vigueur, les taux et — le plus important — toutes les restrictions commerciales, dont les interdictions découlant des sanctions contre la Russie. Si une interdiction existe, vous verrez le renvoi correspondant au règlement de l’UE.
- Vérifiez aussi directement le texte du règlement 833/2014 sur EUR-Lex. Les codes NC figurent dans les annexes du règlement et de ses modifications.11 TARIC se met à jour après chaque nouveau paquet de sanctions — il est néanmoins utile de confirmer l’actualité par un accès direct au texte consolidé du règlement.
- Documentez la vérification. Notez la date du contrôle, le code NC, le résultat (interdiction / absence d’interdiction) et la version de TARIC ou le texte du règlement sur lequel vous vous êtes appuyé. C’est votre preuve de diligence raisonnable en cas de contrôle.
Risque de réexportation par des pays tiers et clause « No re-export »
L’un des principaux défis dans l’application de l’embargo tient au fait que la Russie dispose de filières de contournement des sanctions efficaces passant par des pays tiers — les biens interdits y parviennent via des pays tiers, souvent après modification de la documentation et du pays d’origine. L’UE y a répondu par un instrument juridique : la clause « No re-export to Russia ».
Qu’est-ce que la clause « No re-export to Russia » ?
Depuis le 11ᵉ paquet de sanctions, adopté le 23 juin 2023, les exportateurs de l’UE ont l’obligation d’obtenir de l’acheteur situé dans un pays tiers une déclaration écrite attestant que certains biens ne seront pas réexportés vers la Russie ni la Biélorussie. La base juridique est l’article 12g du règlement 833/2014, introduit par le 11ᵉ paquet comme instrument de lutte contre le contournement des sanctions.34
La clause concerne certaines catégories de biens — en particulier les biens à double usage et les positions de la liste des Common High Priority Items (biens stratégiques massivement utilisés pour contourner l’embargo).14
Pourquoi cela vous concerne même pour une vente au Kazakhstan ou en Turquie ?
Si vous exportez un bien soumis à l’obligation de clause vers une entreprise d’un pays tiers, vous devez :
- insérer dans le contrat commercial une clause interdisant la réexportation vers la Russie (assortie d’un mécanisme de sanction contractuelle en cas de violation),
- obtenir une déclaration écrite de l’acheteur confirmant qu’il connaît cette interdiction et l’accepte,
- informer l’autorité nationale compétente en cas de détection d’une violation.
La responsabilité incombe à l’exportateur — même si vous n’envoyez pas vous-même le bien vers la Russie. En l’absence de clause, ou s’il s’avère que l’acheteur a violé l’interdiction et que l’exportateur savait ou aurait dû savoir le risque de réexportation, la violation de l’embargo est imputée à votre entreprise.
La Commission européenne signale l’existence de pays tiers présentant un risque de contournement particulièrement élevé — il s’agit de pays limitrophes de la Russie ou traditionnellement liés à elle sur le plan économique, par lesquels transite une part importante des biens parvenant finalement en Russie.15 Avant d’expédier un bien vers un pays de ce groupe à risque, assurez-vous de disposer d’une documentation complète de la clause no re-export et d’avoir réalisé une vérification renforcée de la contrepartie.
Sanctions encourues en cas de violation de l’embargo
Une violation de l’embargo constitue un risque juridique et financier sérieux. Le tableau ci-dessous récapitule les principaux types de violations et les sanctions encourues sur le fondement du droit français et du droit de l’UE.
| Type de violation | Base juridique | Sanction possible |
|---|---|---|
| Exportation d’un bien interdit vers la Russie | Règl. 833/2014 + art. L574-3 CMF | 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende (×5 = 3 750 000 € pour les personnes morales)5 |
| Importation d’un bien interdit depuis la Russie (pétrole, acier, autres) | Règl. 833/2014 + art. L574-3 CMF | Sanctions pénales et confiscation ; contrôle de la DGDDI |
| Absence de clause « No re-export » dans un contrat avec une entité d’un pays tiers | Art. 12g règl. 833/20144 | Violation d’une obligation procédurale — engagement de la responsabilité |
| Mise à disposition de fonds au profit d’une entité figurant sur une liste de sanctions | Art. 2 règl. 269/2014 + art. L574-3 CMF5 | 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende (×5 pour les personnes morales)16 |
| Violation intentionnelle — personne physique (violations d’une valeur ≥ 100 000 €) | Directive (UE) 2024/1226, art. 5 § 3 b)17 | Peine maximale d’au moins 5 ans d’emprisonnement |
En France, l’autorité d’exécution dépend du type de mesure : la DG Trésor pour le gel des avoirs et les mesures financières restrictives, la DGDDI (Douane) pour les embargos commerciaux et le contrôle aux frontières, Tracfin pour les déclarations de soupçon des assujettis LCB-FT.16 La responsabilité pénale relève du droit national — la France n’a pas encore transposé la directive (UE) 2024/1226 du 24 avril 20246 (délai dépassé le 20 mai 2025, mise en demeure de la Commission le 24 juillet 2025, transposition en cours via le projet de loi n° 2544), mais les violations sont déjà réprimées par l’art. L574-3 du CMF.18
Important : la responsabilité peut être engagée que la violation ait été intentionnelle ou non. La directive 2024/1226 distingue la violation intentionnelle (qualification pénale plus sévère) de la violation par négligence, mais l’élément déterminant reste de savoir si l’entreprise a fait preuve de diligence raisonnable — et si elle l’a documentée. Une analyse détaillée des sanctions figure dans l’article Quelles sanctions encourent les entreprises en cas de violation des sanctions.
Que faire concrètement — 6 étapes
Voici le périmètre minimal d’actions pour une entreprise qui exporte ou importe des biens à un quelconque point de contact avec la Russie ou avec des pays tiers par lesquels le bien pourrait parvenir en Russie.
Déterminez les codes NC de tous les biens que vous commercialisez. Ne reportez pas cela au moment du dédouanement — faites-le de manière proactive, pour chaque position de votre catalogue produits ou de vos commandes d’achat.
Vérifiez chaque code NC dans la base TARIC au regard des restrictions à l’exportation et à l’importation visant la Russie.2 Refaites-le après chaque nouveau paquet de sanctions — la liste des biens interdits s’allonge à chaque paquet.9
Vérifiez vos contreparties sur la liste de sanctions de l’UE. Même si le bien n’est pas visé par l’embargo, une transaction avec une entité figurant sur la liste consolidée de l’UE est illégale. Vérifiez aussi les propriétaires de la contrepartie — si l’entité est détenue à plus de 50 % par une personne figurant sur la liste, l’entité elle-même est également visée par les sanctions.19 La liste à jour est disponible sur le site de la DG FISMA de la Commission européenne.20
Pour l’exportation vers des pays tiers — intégrez la clause « No re-export » dans les contrats commerciaux. Cela concerne tous les contrats portant sur des biens visés par l’art. 12g du règl. 833/2014.4 Conservez les déclarations signées des acheteurs avec la documentation de la transaction.
Contrôlez la chaîne d’approvisionnement à l’importation. Le pays de facturation n’est pas le même que le pays d’origine du bien. Si vous importez des produits dont la production ou les composants peuvent être d’origine russe, vérifiez les certificats d’origine et contrôlez que le bien n’est pas visé par l’embargo à l’importation.
Documentez chaque étape de la vérification. Notez la date, le code NC, le résultat de la vérification dans TARIC, le résultat de la vérification de la contrepartie, le contenu de la clause no re-export (le cas échéant). La documentation est votre preuve de diligence raisonnable en cas de contrôle de la DGDDI ou de la DG Trésor.
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Foire aux questions
L’embargo sur la Russie concerne-t-il mon entreprise si je n’exporte pas directement vers la Russie ?
Oui, si vous exportez certains biens vers des pays tiers depuis lesquels le bien peut parvenir en Russie. La clause « No re-export » découlant de l’art. 12g du règlement 833/2014 impose d’obtenir une déclaration écrite de l’acheteur dans tout pays tiers, lorsque le bien relève des catégories soumises à cette obligation.4 En outre, si votre contrepartie est une entité visée par des sanctions individuelles (liste de l’UE / registre national de la DG Trésor), la transaction est interdite quels que soient le sens et le type de bien.7
À quelle fréquence dois-je mettre à jour la vérification TARIC ?
Il n’existe pas de durée de validité légale de la vérification TARIC, mais la pratique de la conformité recommande de refaire le contrôle après chaque nouveau paquet de sanctions.9 Entre 2022 et 2026, les paquets sont entrés en vigueur plusieurs fois par an. L’approche la plus sûre : une vérification à chaque nouvelle transaction ou au minimum après chaque nouveau paquet. TARIC se met automatiquement à jour après l’entrée en vigueur de nouvelles dispositions.2
Importer des matières premières russes via un intermédiaire d’un pays tiers permet-il de contourner l’embargo ?
Non. L’embargo à l’importation s’applique au bien selon son pays d’origine, et non selon le pays de facturation. Si le bien provient de Russie et que l’interdiction d’importation le vise, l’intermédiation d’une entreprise du Kazakhstan, de Turquie ou des Émirats arabes unis ne change rien au statut juridique de la transaction. Le fournisseur d’un pays tiers qui réexporte des matières premières russes viole lui-même les sanctions — mais le risque juridique du côté de l’importateur de l’UE demeure si l’acheteur de l’UE savait ou aurait dû savoir l’origine russe du bien.
L’interdiction de services s’applique-t-elle aussi aux logiciels vendus en ligne ?
Oui. L’article 5n du règlement 833/2014 interdit la vente et le transfert de logiciels de gestion d’entreprise et de logiciels de conception industrielle au profit d’entités établies en Russie.12 L’interdiction s’applique quel que soit le canal de vente — y compris les licences distribuées en ligne ou en SaaS.
Que se passe-t-il si je viole l’embargo de manière non intentionnelle ?
La responsabilité pénale en France suppose en principe un élément intentionnel ; toutefois, l’absence de toute procédure de conformité expose l’entreprise et ses dirigeants — l’élément déterminant est de démontrer une diligence raisonnable : vérification systématique des contreparties et des biens, documentation des résultats et procédures en place.5 La directive (UE) 2024/1226 introduit expressément la responsabilité pénale pour les violations intentionnelles — après sa transposition, les personnes physiques (y compris les dirigeants) peuvent être pénalement responsables de violations en connaissance de cause.6
Dois-je vérifier chaque client, ou seulement ceux liés à la Russie ?
La vérification sanctions (la contrepartie figure-t-elle sur une liste) doit être réalisée pour chaque contrepartie, quel que soit son pays d’établissement — la liste de sanctions de l’UE comprend aussi des entités enregistrées hors de Russie. S’agissant de l’embargo sur les biens : l’interdiction d’exportation vers la Russie concerne les transactions directes avec la Russie ; l’obligation de clause no re-export étend cette responsabilité à l’exportation vers des pays tiers, lorsqu’il existe un risque de réexportation. Si vous n’êtes pas certain que votre entreprise est soumise à l’obligation de sanction screening, consultez : Mon entreprise est-elle obligée de réaliser un sanction screening ?
Bases juridiques
État du droit au : 2026-05-20.
Règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine — CELEX 32014R0833
Règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine — CELEX 32014R0269
Code monétaire et financier — art. L574-3 (5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende pour violation des règlements de sanctions de l’UE), combiné à l’art. 131-38 du Code pénal (amende ×5 pour les personnes morales) — legifrance.gouv.fr
Projet de loi n° 2544 (déposé le 3 mars 2026) — transposition en cours de la directive (UE) 2024/1226 en France (délai dépassé le 20 mai 2025, mise en demeure de la Commission le 24 juillet 2025) — assemblee-nationale.fr
Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union — CELEX 32024L1226
DG FISMA — page des sanctions contre la Russie : finance.ec.europa.eu — chronologie des paquets, FAQ, fichiers des listes
Consultation TARIC (Commission européenne) : ec.europa.eu/taxation_customs/dds2/taric/taric_consultation.jsp — base de vérification des codes NC
Registre national des gels d’avoirs (DG Trésor) : gels-avoirs.dgtresor.gouv.fr
DG FISMA — FAQ « No re-export to Russia » clause : finance.ec.europa.eu/publications/no-re-export-russia-clause_en
DG FISMA — FAQ « Provision of services » (art. 5n) : finance.ec.europa.eu/publications/provision-services_en
Footnotes
Information, pas de conseil juridique. Cet article est fourni uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. L’analyse juridique d’une situation individuelle doit être effectuée avec un avocat compétent en droit des sanctions internationales et en droit du commerce extérieur. État du droit : 2026-05-20.
Règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine — acte de base des sanctions sectorielles de l’UE contre la Russie. Il couvre les interdictions à l’exportation (notamment les biens et technologies à double usage, les biens de luxe) et les interdictions à l’importation (notamment le pétrole brut, les produits pétroliers, les produits en fer et en acier) ; le texte consolidé intègre les modifications successives introduites par les paquets de sanctions. CELEX 32014R0833 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32014R0833 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Consultation TARIC (Commission européenne, DG TAXUD) — outil de vérification des restrictions commerciales liées aux codes NC. Dernière mise à jour de TARIC : 19 mai 2026. URL : https://ec.europa.eu/taxation_customs/dds2/taric/taric_consultation.jsp ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
DG FISMA (Commission européenne), FAQ — « ‘No re-export to Russia’ clause: FAQs on sanctions against Russia and Belarus, with focus on Article 12g of Council Regulation (EU) No 833/2014 (18 December 2024). » L’art. 12g a été introduit par le 11ᵉ paquet de sanctions (23 juin 2023). URL : https://finance.ec.europa.eu/publications/no-re-export-russia-clause_en ↩︎ ↩︎
Règlement (UE) n° 833/2014, art. 12g — base juridique de l’exigence de déclaration de non-contournement des sanctions (clause no re-export). FAQ DG FISMA : https://finance.ec.europa.eu/publications/no-re-export-russia-clause_en ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Art. L574-3 du Code monétaire et financier — sanctions pénales pour violation des mesures restrictives : 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende ; multiplication par cinq pour les personnes morales (art. 131-38 du Code pénal, soit 3 750 000 €) ; les actes de participation tendant au contournement sont punis des mêmes peines. — Code monétaire et financier — art. L574-3, art. 131-38 Code pénal ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union et modifiant la directive (UE) 2018/1673 — art. 3 § 1 (catalogue des comportements infractionnels et exigence d’intention). En France, transposition non encore intervenue (délai dépassé le 20 mai 2025) — en cours via le projet de loi n° 2544 (déposé le 3 mars 2026). CELEX 32024L1226 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32024L1226 ↩︎ ↩︎ ↩︎
Règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine — art. 2 §§ 1-2 : « Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant à toute personne physique […] énumérée à l’annexe I ou détenus ou contrôlés par elles. Aucun fonds ni aucune ressource économique n’est mis, directement ou indirectement, à la disposition des personnes physiques […] énumérées à l’annexe I. » CELEX 32014R0269 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32014R0269 ↩︎ ↩︎
EUR-Lex, définition du règlement de l’UE : « A regulation is binding in its entirety and directly applicable in all Member States. » (art. 288 TFUE). URL : https://eur-lex.europa.eu/EN/legal-content/summary/regulation-eu-legal-act.html ↩︎
DG FISMA (Commission européenne), « Sanctions adopted following Russia’s military aggression against Ukraine » — page mise à jour le 23 avril 2026 : « Latest update: 23 April 2026 - 20th package of sanctions against Russia […] This page was last updated on 23 April 2026. » URL : https://finance.ec.europa.eu/eu-and-world/sanctions-restrictive-measures/sanctions-adopted-following-russias-military-aggression-against-ukraine_en ↩︎ ↩︎ ↩︎
Les règlements de sanctions de l’UE sont directement applicables en France ; leur exécution et leur répression reposent sur le Code monétaire et financier (CMF, art. L574-3) et le Code pénal. legifrance.gouv.fr ↩︎
Règlement (UE) n° 833/2014, annexe II — liste des technologies visées à l’art. 3, contenant des codes NC (notamment 7304, 7305, 7306, 8207, 8413, 8430, 8705). Les codes NC figurent dans plusieurs annexes du règlement et de ses modifications — la liste complète figure dans le texte consolidé sur EUR-Lex. CELEX 32014R0833 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32014R0833 ↩︎ ↩︎ ↩︎
DG FISMA (Commission européenne), FAQ — « Provision of services: FAQs on sanctions against Russia and Belarus, with focus on Article 5n of Council Regulation (EU) No 833/2014. » URL : https://finance.ec.europa.eu/publications/provision-services_en ↩︎ ↩︎ ↩︎
DG FISMA (Commission européenne), section Transport — « Prohibition on Russian freight operators and on the use of Russian trailers and semi-trailers. Prohibition to access EU ports and locks for Russian-flagged vessels and vessels which manipulate or turn-off navigation systems when transporting Russian oil. » URL : https://finance.ec.europa.eu/eu-and-world/sanctions-restrictive-measures/sanctions-adopted-following-russias-military-aggression-against-ukraine_en ↩︎
DG FISMA (Commission européenne), FAQ — clause « No re-export to Russia » (art. 12g du règlement 833/2014) ; l’obligation vise certaines catégories de biens, en particulier les biens à double usage et les positions de la liste Common High Priority Items. URL : https://finance.ec.europa.eu/publications/no-re-export-russia-clause_en ↩︎
DG FISMA (Commission européenne) — page des sanctions contre la Russie : signale les outils de lutte contre le contournement (anti-circumvention tool, art. 12g) et la catégorie des « third countries with continued and particularly high risk of circumvention » comme pays soumis à une surveillance renforcée. URL : https://finance.ec.europa.eu/eu-and-world/sanctions-restrictive-measures/sanctions-adopted-following-russias-military-aggression-against-ukraine_en ↩︎
CMF et LCB-FT — supervision de l’application des mesures restrictives en France : DG Trésor pour le gel des avoirs, DGDDI (Douane) pour les embargos commerciaux, Tracfin pour les déclarations de soupçon des assujettis LCB-FT, ACPR pour les acteurs sous son contrôle (banques, assurances). — DG Trésor, douane.gouv.fr ↩︎ ↩︎
Directive (UE) 2024/1226, art. 5 § 3 b) : les infractions visées à l’article 3 § 1 a), b) et h)(i) et (ii) sont passibles « d’une peine maximale d’au moins cinq ans d’emprisonnement » — pour les violations portant sur des fonds ou ressources économiques d’une valeur d’au moins 100 000 €. CELEX 32024L1226 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32024L1226 ↩︎
Directive (UE) 2024/1226, art. 20 § 1 : « Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 20 mai 2025. » En France, la directive n’a pas été transposée dans ce délai (mise en demeure de la Commission le 24 juillet 2025) — transposition en cours via le projet de loi n° 2544 (déposé le 3 mars 2026). CELEX 32024L1226 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32024L1226, assemblee-nationale.fr ↩︎
DG FISMA (Commission européenne), FAQ — règle de propriété : « An entity is considered as ‘owned’ by a sanctioned person if the latter owns more than 50% of its proprietary rights. » URL : https://finance.ec.europa.eu/eu-and-world/sanctions-restrictive-measures/sanctions-adopted-following-russias-military-aggression-against-ukraine_en ↩︎
DG FISMA (Commission européenne), liste consolidée des sanctions financières de l’UE — fichiers XML/PDF disponibles à l’adresse : https://webgate.ec.europa.eu/fsd/fsf#!/files. Description sur la page : https://finance.ec.europa.eu/eu-and-world/sanctions-restrictive-measures/sanctions-adopted-following-russias-military-aggression-against-ukraine_en ↩︎