Un hôtel doit-il contrôler ses clients au regard des sanctions ?
L'hôtellerie est une zone de risque en matière de sanctions — des réservations de groupe aux séjours VIP. Découvrez quand un hôtel doit faire du sanction screening et comment le mettre en place.

Les sanctions de l’UE concernent directement votre hôtel — que vous exploitiez une auberge, un hôtel-boutique ou un centre de congrès. La plupart des hôteliers partent du principe que les sanctions sont un problème de banques. La réalité est différente : l’interdiction de mettre des ressources à la disposition de personnes figurant sur les listes de sanctions découle d’un règlement de l’UE qui s’applique directement à toute entité opérant sur le territoire de l’Union. Une chambre d’hôtel est une ressource économique au sens de ce droit. Si vous la mettez à la disposition d’une personne inscrite sur une liste de sanctions, vous violez le règlement — non pas une recommandation, ni des lignes directrices, mais un acte juridique applicable sans transposition en droit national.
Cet article explique quand et qui vous devez contrôler, quelles listes utiliser, et à quoi ressemble concrètement le flux de vérification à l’enregistrement.
En bref
- Tout hôtel en France a l’obligation de ne pas mettre de ressources à la disposition de personnes figurant sur les listes de sanctions — cela découle de l’art. 2 § 2 du règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil 1, et non de la réglementation LCB-FT.
- Un hôtel n’est en principe PAS une « entité assujettie » au sens du dispositif LCB-FT du Code monétaire et financier — mais cela ne le protège pas des règles de sanctions, qui constituent un régime juridique distinct.
- Une chambre d’hôtel, une salle de conférence, un appartement avec services = une « ressource économique » au sens de l’art. 1 point d) du règlement 269/2014 2. La mettre à la disposition d’une personne listée = violation de l’interdiction.
- Risques les plus élevés : clients individuels en provenance de pays sous sanctions (RU, BY, IR, SY, KP), réservations d’entreprise avec un actionnaire listé, séjours long-stay de plusieurs semaines, événements MICE avec des sponsors étrangers.
- Le screening se réalise avant le séjour — pas après l’enregistrement.
- Sanction pénale : jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende (art. L574-3 du Code monétaire et financier), portée au quintuple pour les personnes morales (art. 131-38 du Code pénal) 3.
- La directive (UE) 2024/1226 du 24 avril 2024 criminalise les violations intentionnelles des sanctions. La France devait la transposer avant le 20 mai 2025 4 — ce qui n’a pas encore été fait (mise en demeure de la Commission le 24 juillet 2025, transposition en cours via le projet de loi n° 2544) ; les violations sont toutefois déjà réprimées par l’art. L574-3 du CMF 5.
Un hôtel est-il une « entité assujettie » au titre de la LCB-FT ?
Commençons par un malentendu fréquent. Le Code monétaire et financier (CMF), Livre V titre VI, dresse une liste fermée des entités assujetties à la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LCB-FT) à l’art. L561-2. L’hôtellerie, en tant que catégorie, ne figure pas sur cette liste — un hôtel exerçant une activité d’hébergement standard n’est pas une entité assujettie au sens de ce dispositif 6.
Il existe toutefois un cas particulier à signaler : le CMF assujettit « les personnes qui négocient ou vendent des biens » lorsqu’elles reçoivent des paiements en espèces au-delà d’un certain seuil 6. Le mot clé est « biens » — la disposition vise les paiements pour des biens, et non des services. Un hôtel fournit avant tout un service d’hébergement, et il ne relève donc en principe pas de cette catégorie du seul fait d’exploiter un hôtel. Des situations individuelles — par exemple la vente d’équipements, de marchandises dans l’hôtel ou de prestations à caractère de bien — peuvent modifier l’analyse. Laissez cette appréciation à un avocat.
Pour mémoire : même si votre hôtel remplissait exceptionnellement la condition relative aux paiements en espèces et était assujetti, les obligations de vigilance LCB-FT s’apprécient au regard de seuils de transaction occasionnelle distincts prévus par le CMF 7.
L’absence de statut d’entité assujettie signifie l’absence d’obligation d’appliquer les mesures de vigilance à l’égard de la clientèle (l’ancien KYC — Know Your Customer), de déclarer les opérations suspectes à Tracfin, ou de tenir un registre des bénéficiaires effectifs. Mais c’est une question entièrement distincte des obligations de sanctions.
LCB-FT et sanctions — deux régimes juridiques distincts
Il faut garder cette distinction en tête, car on la confond très souvent. Le régime LCB-FT, issu du CMF, ne concerne que les entités assujetties et leur impose des obligations : mesures de vigilance à l’égard de la clientèle, déclaration des opérations suspectes à Tracfin, procédures internes. Le régime des sanctions, issu des règlements de l’UE 269/2014 et 833/2014 ainsi que des dispositions nationales de mise en œuvre, concerne toutes les entités opérant sur le territoire de l’UE et de la France — indépendamment de tout statut d’entité assujettie. Ce ne sont pas des règles réservées aux banques. Ce sont des règles pour tout le monde. Une explication plus complète de cette différence figure dans l’article sur la différence entre LCB-FT et sanctions.
Sur quelle base juridique un hôtel doit-il contrôler ses clients ?
La base centrale est le règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (ci-après : règl. 269/2014). L’art. 2 § 2 du règl. 269/2014 dispose expressément : « Aucun fonds ni aucune ressource économique n’est mis, directement ou indirectement, à la disposition des personnes physiques ou morales, des entités ou des organismes énumérés à l’annexe I, ou utilisé à leur profit. » 1
Qu’est-ce qu’une « ressource économique » ? L’art. 1 point d) du règl. 269/2014 définit les ressources économiques comme « les avoirs de toute nature, corporels ou incorporels, mobiliers ou immobiliers, qui ne sont pas des fonds, mais qui peuvent être utilisés pour obtenir des fonds, des biens ou des services » 2. Une chambre d’hôtel est un avoir corporel susceptible de procurer un avantage financier ou économique au client. Une salle de conférence, un parking, un appartement avec services — de même. Mettre l’une quelconque de ces ressources à la disposition d’une personne inscrite sur une liste de sanctions constitue une violation de l’art. 2 § 2 du règl. 269/2014.
Il convient de noter que le règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives liées aux actions de la Russie — dans les versions consolidées analysées — ne contient pas d’interdiction de services d’hébergement ou de logement comme catégorie distincte. Les interdictions sectorielles du règl. 833/2014 portent sur l’énergie, la finance, les biens à double usage et la logistique maritime. L’obligation de sanctions de l’hôtel découle donc avant tout du règl. 269/2014, et non du règl. 833/2014.
La base nationale complémentaire est le Code monétaire et financier, dont les articles L562-1 et suivants encadrent le gel des avoirs en France ; les règlements de l’UE étant directement applicables, le CMF (art. L574-3) et le Code pénal fournissent le cadre national d’exécution et de répression 8. En France, il n’existe pas de liste de sanctions nationale autonome : les mesures applicables proviennent des règlements de l’UE, et la DG Trésor tient le Registre national des personnes et entités faisant l’objet d’une mesure de gel des avoirs. Les sanctions pénales pour violation de l’interdiction de mise à disposition de ressources relèvent de l’art. L574-3 du CMF 3.
Une question distincte est la règle dite de propriété de 50 %. Une entité contrôlée à plus de 50 % par une personne visée par des sanctions est elle-même traitée comme visée — même si la société en tant que telle ne figure nommément sur aucune liste 9. Cela a une importance directe pour les réservations d’entreprise et les événements MICE : une société « propre », mais avec un propriétaire listé = société visée par les sanctions.
Les bases juridiques complètes de l’obligation de sanction screening pour les entreprises hors secteur financier sont traitées dans un article pilier distinct.
Quelles situations en hôtellerie présentent le risque le plus élevé ?
Toute réservation ne nécessite pas une vérification approfondie — mais certains scénarios devraient déclencher automatiquement la procédure de screening. Voici les plus importants.
Séjour individuel d’un client d’un pays sous sanctions. Un client muni d’un passeport russe, biélorusse, iranien, syrien ou nord-coréen (RPDC) n’est pas automatiquement une personne sanctionnée — les sanctions visent des personnes précises, pas des nationalités. Toutefois, le seul fait d’être ressortissant d’un pays à haut risque est un déclencheur légitime pour une vérification dans la liste de sanctions avant l’enregistrement.
Réservation d’entreprise ou corporate. L’entreprise qui commande le séjour peut être « propre » au registre, mais son actionnaire — pas forcément. Conformément à la règle de propriété de 50 % 9, il suffit qu’une entité figurant sur la liste détienne plus de la moitié des droits de propriété de cette société pour que la société elle-même devienne visée. Pour une réservation corporate, vous vérifiez l’entreprise et ses actionnaires.
Long-stay et appartements avec services. Un séjour de plus de quelques semaines s’apparente à une mise à disposition d’un bien immobilier pour usage — analogie avec un crédit-bail ou une location de longue durée. Le risque est plus élevé proportionnellement à la valeur économique du service fourni. Un mécanisme analogue dans le transport et la logistique est décrit dans l’article sur les sanctions dans le transport et la logistique.
Événements MICE (Meeting, Incentive, Conference, Exhibition). Pour les événements de type congrès ou incentive, le risque ne concerne pas seulement les participants, mais surtout l’organisateur, les sponsors et les entités finançant l’événement. Pour les grands événements impliquant des délégations étrangères — la vérification est indispensable dès l’étape de la signature du contrat avec l’organisateur.
Réservation via un intermédiaire (OTA, agent de voyage). Lorsqu’une plateforme OTA ou une agence de voyage effectue la réservation, et que l’hôtel ne connaît pas les données directes du client, se pose la question de la responsabilité. La réponse du droit de l’UE est sans ambiguïté : l’obligation découle de la relation juridique dans laquelle l’hôtel met une ressource à disposition — indépendamment du canal de réservation. L’absence de données sur le client ne décharge pas votre hôtel de sa responsabilité. Il est utile d’encadrer ce point dans le contrat avec l’OTA ou l’agent.
Paiements par virement depuis une banque ou un compte d’un pays sous sanctions. Un virement depuis un compte étranger n’est pas automatiquement une violation, mais il constitue un déclencheur pour vérifier l’identité du payeur.
Tableau : Scénarios de risque en hôtellerie
| Scénario | Niveau de risque | Qui contrôler | Liste |
|---|---|---|---|
| Client individuel (RU / BY / IR / SY / KP) | Élevé | Client | Liste consolidée UE + Registre DG Trésor |
| Réservation d’entreprise ou corporate | Moyen–Élevé | Société + actionnaires (règle 50 %) 9 | Liste consolidée UE + Registre DG Trésor |
| Événement MICE | Élevé | Organisateur + sponsors + entités finançant | Liste consolidée UE + Registre DG Trésor |
| Long-stay / appartement avec services | Élevé | Client + société sponsor du séjour | Liste consolidée UE + Registre DG Trésor |
| Réservation via OTA | Moyen | Convenir avec l’OTA du périmètre du screening ; l’hôtel répond de la mise à disposition de la ressource | Liste consolidée UE (min.) |
| Séjour VIP — vigilance renforcée | Très élevé | Comme pour la réservation d’entreprise + origine des fonds | Liste consolidée UE + Registre DG Trésor + OFAC |
Qui contrôler et sur quelle liste ?
La liste de base que tout hôtel en France devrait connaître est la liste consolidée de sanctions de l’UE (EU Consolidated Sanctions List). Elle est tenue par la Commission européenne — elle couvre les personnes et entités relevant de tous les régimes de sanctions de l’UE, y compris le règl. 269/2014. Pour en savoir plus sur l’utilisation de cette liste, consultez l’article sur la liste consolidée de sanctions de l’UE.
La deuxième source obligatoire en France est le Registre national des gels d’avoirs tenu par la DG Trésor. En France, il n’existe pas de liste de sanctions nationale autonome — les mesures appliquées sont les listes consolidées de l’UE, mais la DG Trésor tient un registre national des personnes et entités faisant l’objet d’une mesure de gel 8. Le registre est accessible sur gels-avoirs.dgtresor.gouv.fr.
En option — si votre hôtel reçoit des paiements en USD ou sert des clients américains — il est utile d’intégrer la liste OFAC SDN (Specially Designated Nationals and Blocked Persons List) tenue par le département du Trésor des États-Unis.
Qui contrôler :
- La personne qui réserve (nom, prénom) — toujours
- La personne qui s’enregistre, si différente de celle qui réserve — toujours
- Le payeur du séjour, s’il est différent du client — toujours
- La société sponsor du séjour (réservation corporate) + ses actionnaires (règle 50 %) 9
- L’organisateur et les sponsors de l’événement (MICE) — avant la signature du contrat
Quand contrôler : au stade de la réservation, à l’avance, ou au plus tard avant l’enregistrement. Le screening après le check-in est techniquement possible, mais opérationnellement tardif — si le client séjourne déjà dans l’hôtel, le problème se complique.
La liste est mise à jour à chaque nouveau paquet de sanctions de l’UE — c’est un argument en faveur de l’automatisation du screening plutôt que d’une recherche manuelle. La description des méthodes de vérification figure dans l’article sur comment réaliser techniquement la vérification d’une contrepartie.
Étape par étape — comment mettre en place le screening dans un hôtel
Vous pouvez mettre en œuvre le flux ci-dessous à la réception dès maintenant, même sans logiciel de screening automatique.
Étape 1 — Collectez les données au stade de la réservation. Vous avez besoin de : nom et prénom du client, nationalité, raison sociale de l’entreprise qui finance le séjour (si réservation corporate). Pour les événements MICE : les données de l’organisateur et des entités finançant. Sans ces données, le screening est impossible.
Étape 2 — Contrôlez avant le séjour. Vérifiez le client dans la liste consolidée de l’UE et dans le registre national de la DG Trésor. Pour les réservations corporate — vérifiez aussi l’entreprise et ses actionnaires 9. Pour les paiements en USD ou les clients américains — ajoutez la liste OFAC SDN. Le fonctionnement technique du sanction screening est expliqué dans l’article comment fonctionne le sanction screening.
Étape 3 — Évaluez le résultat. Trois résultats possibles : CLEAR (aucune correspondance — traitement standard), POSSIBLE (similitude de données sans certitude — demandez un document d’identité supplémentaire et distinguez la personne de celle figurant sur la liste), MATCH (correspondance — refusez la prestation de service).
Étape 4 — En cas de résultat MATCH : refusez et faites remonter en interne. Vous n’avez pas de pouvoir de police — vous ne retenez pas le client. La conduite correcte est : refus du service d’hébergement, remontée immédiate en interne vers la direction ou la personne désignée responsable de la conformité, consultation juridique. La déclaration des fonds ou le signalement des circonstances suspectes à l’autorité compétente (Tracfin ou autre autorité compétente) intervient conformément à la politique interne de l’hôtel.
Étape 5 — Documentez le résultat de la vérification. Consignez : le résultat du contrôle (CLEAR / POSSIBLE / MATCH), la date et l’heure, les données du client, qui a réalisé la vérification, quelles listes ont été consultées. Cette documentation constitue une preuve de diligence raisonnable (due diligence) en cas de contrôle ou de procédure.
Étape 6 — Pour les groupes et les événements MICE. Organisez une vérification par lot sur la base de la liste des participants fournie avant l’événement — pas le jour de son ouverture. Le minimum est la vérification de l’organisateur et des sponsors. Pour les grands groupes corporate — la vérification de tous les participants.
Étape 7 — Encadrez la responsabilité avec les intermédiaires. Si votre hôtel opère via des OTA ou des agents de voyage, établissez par écrit (contrat, avenant) qui réalise le screening et quel périmètre de données est requis. Rappel : l’hôtel reste de toute façon responsable du fait d’avoir mis une ressource à la disposition d’une personne sanctionnée.
Ce qui n’est PAS exigé : vous n’avez pas à refuser le service à tout ressortissant russe, biélorusse ou iranien. Vous vérifiez des données personnelles précises dans une base précise — pas une nationalité.
Spécificités des événements MICE et des séjours de longue durée
Les segments MICE et long-stay méritent un traitement à part, car leur profil de risque diffère de celui d’un séjour individuel standard.
Pour les événements MICE, le risque ne réside pas principalement dans les participants — il réside dans la structure de financement de l’événement. Les sponsors étrangers, les entreprises qui prennent en charge les coûts du congrès, les organisateurs opérant via une entité juridique d’un pays sous sanctions — ce sont les vecteurs de risque. Avant de signer le contrat avec l’organisateur de l’événement, vérifiez ses données et sa structure de propriété conformément à la règle des 50 % 9. Une liste de participants fournie une semaine avant l’événement est un minimum — pour les grandes manifestations corporate, elle devrait vous parvenir plus tôt.
Un séjour en appartement avec services de plus d’un mois se rapproche, par sa nature, d’une mise à disposition d’un bien immobilier pour usage. Du point de vue du risque de sanctions, l’argument est analogue : vous transférez une ressource économique de valeur significative pour une durée prolongée. Il est judicieux de traiter de telles réservations comme des transactions à risque élevé — avec une vérification complète du client et de l’entreprise sponsor.
Les organisations professionnelles de l’hôtellerie (IH&RA, HOTREC) n’ont pas publié à ce jour de lignes directrices dédiées à la conformité sanctions pour le secteur hôtelier. L’absence de guide central signifie que chaque exploitant d’établissement doit élaborer lui-même sa procédure interne — en s’appuyant directement sur les règles de l’UE et françaises.
Que risquez-vous si vous ne contrôlez pas ?
Il est utile de connaître les sanctions et les conséquences — non pour avoir peur, mais pour comprendre l’enjeu.
Sanction pénale : jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende. En vertu de l’art. L574-3 du Code monétaire et financier, la violation des interdictions issues des règlements de sanctions de l’UE est passible de 5 ans d’emprisonnement et de 750 000 € d’amende ; pour les personnes morales, l’amende est portée au quintuple, soit 3 750 000 € (art. 131-38 du Code pénal) 3. Le champ d’application n’est pas limité aux entités assujetties à la LCB-FT — il couvre toute personne ou entité qui méconnaît une obligation découlant du règl. 269/2014. Un panorama complet des sanctions figure dans l’article sur les sanctions pénales en cas de violation des sanctions.
Responsabilité pénale renforcée. La directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union (CELEX 32024L1226) a imposé aux États membres l’obligation de criminaliser les violations intentionnelles des sanctions 4. Le délai de transposition était fixé au 20 mai 2025 4 — la France ne l’a pas respecté (mise en demeure de la Commission le 24 juillet 2025, transposition en cours via le projet de loi n° 2544) 5. La violation intentionnelle des sanctions est toutefois déjà une infraction pénale en France au titre de l’art. L574-3 du CMF — pour les personnes physiques — y compris pour la direction de l’hôtel. Les détails de la directive sont traités dans l’article sur la directive 2024/1226 et sa transposition en France.
Risque bancaire et réputationnel. La banque qui gère le compte de votre hôtel peut bloquer le compte si elle détecte une transaction avec une entité sanctionnée — avant même qu’une autorité n’engage une procédure. Le blocage du compte opérationnel de l’hôtel est une conséquence pratique immédiate, indépendante de toute procédure administrative.
FAQ — questions des hôteliers sur les sanctions
Dois-je contrôler chaque client, ou seulement les ressortissants russes ? Vous contrôlez des données personnelles, pas un passeport. L’obligation de sanctions vise des personnes précises inscrites sur les listes — leur nationalité est secondaire. En pratique, pour des raisons d’efficacité, il est utile d’adopter une approche par les risques : les clients de pays à haut risque (RU, BY, IR, SY, KP) et les réservations corporate de ces pays doivent être vérifiés en priorité. Une vérification fondée uniquement sur la nationalité est insuffisante et juridiquement problématique (discrimination). Une vérification fondée sur les données figurant dans les listes de sanctions — correcte.
Qui est responsable lorsque la réservation est faite par une OTA et que l’hôtel ne connaît pas le client ? L’hôtel met une ressource à disposition — et c’est l’hôtel qui porte la responsabilité au regard des sanctions pour ce fait. Le canal de réservation est opérationnellement indifférent au regard du règl. 269/2014. Il est utile d’encadrer par écrit, avec chaque OTA ou agent : qui collecte les données du client et qui réalise le screening. L’hôtel doit néanmoins être en mesure de démontrer que la vérification a été effectuée.
Dois-je tenir un registre des résultats du screening ? Il n’existe pas d’obligation légale, pour les hôtels, de tenir un registre des vérifications (à la différence des entités assujetties à la LCB-FT). Toutefois, la documentation des résultats du screening est la meilleure preuve de diligence raisonnable en cas de contrôle ou de procédure. L’absence de documentation ne protège pas — la mise à disposition de la ressource a tout de même eu lieu.
Que faire lorsque le résultat est POSSIBLE — similitude de noms, mais sans certitude ? Ne refusez pas automatiquement le service. Demandez un document d’identité supplémentaire et comparez les données détaillées avec l’inscription sur la liste : date de naissance, nationalité, adresse. Si, après cette vérification complémentaire, il n’y a pas de correspondance — CLEAR. Si le doute persiste — consultation juridique avant l’enregistrement.
À quelle fréquence les listes de sanctions sont-elles mises à jour ? La liste consolidée de l’UE est mise à jour à chaque nouveau paquet de sanctions — régulièrement, les intervalles entre les mises à jour pouvant varier. C’est l’une des raisons pour lesquelles la recherche manuelle dans le moteur du site EUR-Lex est inefficace en présence d’un flux régulier de clients.
Comment Sanqto peut aider
Sanqto est un logiciel de sanction screening installé dans le réseau du client (on-premise) — les données de vos clients ne quittent pas l’infrastructure de l’hôtel. La vérification se fait selon trois états de réponse : MATCH, POSSIBLE, CLEAR, avec un temps de réponse inférieur à 30 ms , ce qui permet de l’intégrer dans le flux de la réception sans perturber le service aux clients. Pour le secteur hôtelier, cela aide à automatiser l’étape de vérification lors de la réservation ou du check-in et à réduire le risque d’omission humaine en cas de fort trafic. Les détails de la mise en œuvre dans les hôtels sont décrits sur la page dédiée au secteur hôtelier.
Bases juridiques
- Règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine — CELEX 32014R0269
- Règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine — CELEX 32014R0833
- Code monétaire et financier, art. L562-1 et s. (gel des avoirs), art. L574-3 (sanctions pénales) — legifrance.gouv.fr
- Projet de loi n° 2544 (déposé le 3 mars 2026) — transposition en cours de la directive (UE) 2024/1226 en France (délai dépassé le 20 mai 2025, mise en demeure de la Commission le 24 juillet 2025) — assemblee-nationale.fr
- Code pénal, art. 131-38 (multiplication par cinq de l’amende pour les personnes morales) — legifrance.gouv.fr
- Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union — CELEX 32024L1226
- DG FISMA — Sanctions adopted following Russia’s military aggression against Ukraine (section Ownership rule) — finance.ec.europa.eu
Footnotes
Information, pas de conseil juridique. Cet article est fourni uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. L’analyse juridique d’une situation individuelle doit être effectuée avec un avocat compétent en droit des sanctions internationales et en droit du commerce extérieur. État du droit : 27 mai 2026.
Règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine, art. 2 §§ 1-2 : « Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant à toute personne physique ou morale, à toute entité ou à tout organisme énumérés à l’annexe I, ou détenus ou contrôlés par eux […]. Aucun fonds ni aucune ressource économique n’est mis, directement ou indirectement, à la disposition des personnes physiques ou morales, des entités ou des organismes énumérés à l’annexe I, ou utilisé à leur profit. » EUR-Lex CELEX 32014R0269 ↩︎ ↩︎
Règlement (UE) n° 269/2014, art. 1 point d) : les « ressources économiques » désignent « les avoirs de toute nature, corporels ou incorporels, mobiliers ou immobiliers, qui ne sont pas des fonds, mais qui peuvent être utilisés pour obtenir des fonds, des biens ou des services ». EUR-Lex CELEX 32014R0269 ↩︎ ↩︎
Code monétaire et financier — art. L574-3 : 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende pour violation des interdictions issues des règlements de sanctions de l’UE ; les actes de participation tendant au contournement sont punis des mêmes peines. Pour les personnes morales, l’amende est portée au quintuple, soit 3 750 000 € (art. 131-38 du Code pénal). Code monétaire et financier — art. L574-3, art. 131-38 Code pénal ↩︎ ↩︎ ↩︎
Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union, art. 20 § 1 : « Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 20 mai 2025. » EUR-Lex CELEX 32024L1226 ↩︎ ↩︎ ↩︎
Projet de loi n° 2544 (déposé le 3 mars 2026) — transposition en cours de la directive (UE) 2024/1226 en France ; le délai (20 mai 2025) a été dépassé et la Commission a adressé une mise en demeure le 24 juillet 2025. Les règlements de sanctions de l’UE sont directement applicables et n’ont pas besoin d’être transposés. assemblee-nationale.fr ↩︎ ↩︎
Code monétaire et financier, Livre V titre VI (LCB-FT) — art. L561-2 : catalogue des entités assujetties à la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Les personnes qui négocient ou vendent des biens y sont assujetties au titre des paiements en espèces au-delà du seuil réglementaire ; les services d’hébergement n’y figurent pas comme catégorie autonome. legifrance.gouv.fr ↩︎ ↩︎
Code monétaire et financier — articles L561-1 et s. : les obligations de vigilance s’apprécient notamment au regard des seuils de transaction occasionnelle prévus par le dispositif LCB-FT ; la déclaration de soupçon est adressée à Tracfin (art. L561-15). legifrance.gouv.fr ↩︎
Les règlements de l’UE 269/2014 et 833/2014 sont directement applicables en France ; leur exécution et leur répression reposent sur le Code monétaire et financier (art. L574-3) et le Code pénal. En France, il n’existe pas de liste de sanctions nationale autonome — les listes appliquées sont les listes consolidées de l’UE ; la DG Trésor tient cependant le Registre national des personnes et entités faisant l’objet d’une mesure de gel des avoirs. gels-avoirs.dgtresor.gouv.fr ↩︎ ↩︎
DG FISMA — Sanctions adopted following Russia’s military aggression against Ukraine, section Ownership rule : « An entity is considered as ‘owned’ by a sanctioned person if the latter owns more than 50% of its proprietary rights. » finance.ec.europa.eu ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎