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Obligation de sanction screening pour les entreprises hors secteur financier

Toutes les entreprises – pas seulement les banques – doivent contrôler leurs partenaires face aux listes de sanctions. Vérifiez si l'obligation de sanction screening concerne votre société et quelles règles s'appliquent.

Publié : Mis à jour : · Sanqto-Team · 25 min de lecture
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Collaborateur d'une entreprise vérifiant un partenaire commercial face à la liste de sanctions de l'UE sur son ordinateur portable – obligation de sanction screening pour les entreprises hors secteur financier en France
L'obligation de sanction screening ne concerne pas seulement les banques – toute entreprise active dans l'UE est destinataire des règlements (UE) 269/2014 et 833/2014.

Si vous dirigez une entreprise en France – une agence de voyage, un cabinet de courtage, une boutique en ligne, une société de leasing – il y a une probabilité réelle que vous soyez tenu de contrôler vos partenaires commerciaux et clients face aux listes de sanctions de l’UE. Les sanctions économiques de l’UE, y compris les listes adoptées après l’agression russe contre l’Ukraine, s’appliquent directement à tout acteur exerçant une activité dans l’Union européenne – pas seulement aux banques. Ignorer cette obligation expose à des sanctions pénales de 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende (multipliée par cinq pour les personnes morales, soit 3 750 000 €) au titre de l’article L574-3 du Code monétaire et financier1, ainsi qu’à une responsabilité pénale des personnes morales fondée sur l’article 121-2 du Code pénal2.

Cet article explique pas à pas si l’obligation de sanction screening concerne votre entreprise, sur quoi elle repose et ce que vous devez faire concrètement.


TL;DR — l’essentiel en 30 secondes

  • Le sanction screening consiste à vérifier si un partenaire commercial ou un client figure sur une liste de sanctions de l’UE, de l’ONU ou de l’OFAC – avant de conclure un contrat ou d’exécuter une transaction.
  • L’obligation découle directement des règlements de l’UE — règl. (UE) 269/20143 et règl. (UE) 833/20144 — et concerne tout acteur exerçant son activité dans l’Union, sans exception de secteur ou de taille d’entreprise.
  • Le Code monétaire et financier (CMF) et la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024 complètent cette obligation : ils désignent la DG Trésor, la Douane (DGDDI) et Tracfin comme autorités compétentes et prévoient des sanctions pénales et administratives5.
  • En cas de violation, les sanctions encourues sont : 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende au titre de l’article L574-3 du CMF, multipliée par cinq pour les personnes morales (3 750 000 €) en application de l’article 131-38 du Code pénal12.
  • Le 20 mai 2025, le délai de transposition de la directive (UE) 2024/1226 a expiré ; celle-ci impose aux États membres de criminaliser les violations des sanctions6. La France a transposé en avance, par la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024.
  • Les personnes assujetties au titre du Livre V titre VI du CMF (LCB-FT) ont, en plus de l’obligation sanctions, des obligations spécifiques de vigilance anti-blanchiment — il s’agit de deux régimes juridiques distincts.
  • Première étape : regardez dans le tableau de la section 2.4 si votre secteur figure dans la liste — et désignez une personne responsable de la conformité.

1. Qu’est-ce que le sanction screening ?

Le sanction screening signifie simplement vérifier si la personne ou l’entreprise avec laquelle vous voulez faire affaire figure sur une liste de personnes ou d’organisations sanctionnées. Ces listes contiennent les noms de personnes physiques, d’entreprises et d’organisations à qui certaines transactions sont interdites, dont les avoirs ont été gelés ou dont l’accès au marché de l’UE est restreint.

En pratique, vous vérifiez : nom et prénom ou raison sociale, pays du siège et, le cas échéant, un identifiant (SIREN/SIRET) du partenaire. Il ne s’agit pas de solvabilité ou de capacité de paiement — il s’agit uniquement de savoir si l’acteur figure sur une liste de sanctions. Le résultat tombe dans l’une des trois catégories : MATCH (correspondance — la transaction est bloquée), POSSIBLE (correspondance possible — vérification complémentaire nécessaire) ou CLEAR (pas de correspondance — vous pouvez poursuivre).

Le mécanisme du screening en détail — comment fonctionne l’algorithme de matching, d’où viennent les faux positifs et comment les gérer — est décrit séparément dans l’article Qu’est-ce que le sanction screening et comment fonctionne-t-il.

Levons tout de suite un mythe : le sanction screening n’est pas la même chose que le KYC (Know Your Customer) ou les contrôles LCB-FT que mettent en œuvre les banques. Les banques ont bien sûr aussi l’obligation de sanction screening dans le cadre de leur processus LCB-FT plus large, mais la simple vérification face aux listes de sanctions est une procédure autonome, plus simple. Vous pouvez la mettre en œuvre sans avoir aucun lien avec le secteur financier.

1.1 Sanctions économiques vs LCB-FT — deux choses différentes

Ce malentendu est très fréquent : beaucoup d’entreprises pensent que « les sanctions, c’est l’affaire des banques » ou que l’obligation ne concerne que « les personnes assujetties à la LCB-FT ». Les deux hypothèses sont fausses.

Le dispositif LCB-FT (Livre V titre VI du Code monétaire et financier, art. L561-1 et suivants) définit une liste fermée de personnes assujetties — établissements de crédit, experts-comptables, notaires, agents immobiliers, certains avocats et autres acteurs énumérés à l’article L561-2 du CMF. Ces assujettis ont des obligations étendues : évaluation du risque client, surveillance des transactions, déclaration de soupçon à Tracfin (cellule de renseignement financier français, rattachée au ministère de l’Économie).

L’obligation sanctions, en revanche — c’est-à-dire la nécessité de vérifier que vous ne faites pas affaire avec un acteur listé — découle directement des règlements de l’UE et concerne tout acteur exerçant son activité dans l’Union. Vous n’avez pas besoin d’être assujetti à la LCB-FT pour y être soumis. Votre boutique en ligne, votre société de transport ou votre agence de voyage sont destinataires du règl. (UE) 269/20143 et du règl. (UE) 833/20144 au même titre qu’une banque. Un comparatif détaillé des deux régimes — LCB-FT et sanctions — figure dans l’article séparé LCB-FT et sanctions internationales : différences essentielles.

Conclusion pratique : si vous n’êtes pas une personne assujettie LCB-FT, vous n’avez pas à déclarer à Tracfin. Vous devez néanmoins contrôler les listes de sanctions avant de réaliser une transaction avec un nouveau partenaire.


2. Qui doit faire du sanction screening ?

Deux voies juridiques conduisent à l’obligation de sanction screening, et elles peuvent concerner votre entreprise indépendamment l’une de l’autre — ou simultanément.

Voie A : être personne assujettie LCB-FT au sens de l’article L561-2 du CMF. Si vous exploitez un cabinet comptable, êtes agent immobilier ou agissez en tant qu’intermédiaire d’assurance — vous êtes vraisemblablement assujetti et soumis à la fois aux obligations LCB-FT et aux obligations sanctions.

Voie B : exercer simplement une activité économique sur le territoire de l’Union européenne. Les règlements de l’UE sont d’application directe — ils ne nécessitent pas de transposition en droit français ni de décision nationale supplémentaire. Si vous concluez des contrats commerciaux, recevez des paiements ou vendez des services dans l’UE, vous êtes destinataire de ces dispositions34.

La voie B est plus large et concerne des entreprises qui n’ont jamais entendu parler de LCB-FT. C’est précisément ce mécanisme qui fait qu’une agence de voyage, une boutique e-commerce ou une société de leasing est soumise à l’obligation sanctions.

En France, s’ajoute le principe du gel des avoirs administratif : la DG Trésor (Direction générale du Trésor) tient le registre national des gels et peut prononcer des mesures de gel par arrêté ministériel. Toute transaction avec une personne figurant sur ce registre est interdite — sans qu’il soit nécessaire d’attendre une condamnation pénale.

2.1 Personnes assujetties LCB-FT — les secteurs hors secteur financier

L’article L561-2 du CMF énumère une longue liste d’assujettis. Outre les banques, sociétés de gestion de portefeuille et autres acteurs financiers, le catalogue inclut plusieurs secteurs qui pourraient vous surprendre :

  • Agents immobiliers — l’obligation concerne aussi bien les négociateurs que les titulaires de cartes professionnelles. Toute opération de vente ou de location à laquelle vous participez doit être précédée d’un contrôle des parties. Plus sur les spécificités de ce secteur : Sanction screening pour les agents immobiliers.
  • Experts-comptables et cabinets comptables — la tenue de comptabilité et le conseil fiscal sont des activités assujetties. Vos clients doivent être contrôlés.
  • Notaires et avocats — mais uniquement pour certaines activités (transactions immobilières, gestion de patrimoine, création et gestion de sociétés).
  • Marchands de biens et maisons de vente aux enchères — pour le commerce de biens au-dessus d’un certain seuil de valeur.

Important : les agences de voyage et les portails de voyage en ligne (OTA) ne figurent pas dans la liste des assujettis LCB-FT de l’article L561-2 du CMF. Leur obligation sanctions découle exclusivement de la voie B — l’application directe du règl. (UE) 269/2014 et 833/2014 ainsi que du CMF. Plus sur ce sujet pour votre secteur : Sanction screening pour les agences de voyage.

2.2 Entreprises directement visées par les règlements de l’UE — tout acteur dans l’UE

Les règlements de l’UE constituent une forme particulière d’acte juridique : ils entrent en vigueur sans transposition par les États membres et s’appliquent directement à tous leurs destinataires.

Le règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 impose le gel des fonds et interdit leur mise à disposition au profit des personnes et entités figurant sur la liste de sanctions3. Le règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 instaure des interdictions commerciales — l’exportation de certains biens et technologies vers la Russie ainsi que les transactions avec des acteurs russes des secteurs concernés par les sanctions4. Les deux actes ont été modifiés à de nombreuses reprises dans le cadre des paquets de sanctions successifs — combien de paquets de sanctions de l’UE contre la Russie ont été adoptés et ce que chacun a changé, nous le décrivons séparément.

Sont destinataires de ces deux règlements toute personne physique et morale, toute entité et tout organisme dans l’Union européenne. Il n’y a pas d’exception par secteur, taille d’entreprise ou forme juridique.

Combien d’acteurs figurent déjà sur la liste de sanctions de l’UE et à quelle vitesse ce nombre augmente — vous le verrez dans l’article Combien d’acteurs concerne la liste de sanctions de l’UE.

2.3 Acteurs soumis au CMF et à la loi DDADUE — la liste française des obligations

Le Code monétaire et financier (CMF), en particulier l’article L574-3, complété par la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024, sert à mettre en œuvre les règlements de l’UE 765/2006, 269/2014 et 833/2014 dans l’ordre juridique français5. Il ne remplace pas les règlements — il les complète par des instruments nationaux d’exécution.

En France, il n’existe pas de liste de sanctions nationale autonome au niveau national ; ce sont les listes consolidées de l’UE (règl. 269/2014, 833/2014), la liste consolidée des Nations Unies et, pour les points de contact avec les États-Unis, la liste OFAC SDN qui s’appliquent. L’application est confiée à plusieurs autorités : la DG Trésor (Direction générale du Trésor) pour le gel des avoirs et la tenue du registre national des gels, la DGDDI (Direction générale des douanes et droits indirects, c.-à-d. la Douane) pour le contrôle frontalier et les embargos commerciaux, Tracfin pour les déclarations de soupçon des assujettis LCB-FT. Le ministère de l’Économie coordonne l’ensemble du dispositif.

La liste consolidée de l’UE est mise à jour en permanence — sans calendrier fixe, en fonction de l’évolution politique. Les entreprises doivent donc effectuer une surveillance continue, et non pas seulement trimestrielle.

La transposition française de la directive (UE) 2024/1226 a été effectuée par la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024, qui a modifié l’article L574-3 du CMF pour renforcer les sanctions pénales.

2.4 Tableau : qui doit faire du sanction screening — panorama des secteurs

Le tableau suivant constitue la réponse rapide à la question « Suis-je concerné ? » La colonne « LCB-FT ? » indique si le secteur concerné est assujetti au titre de l’article L561-2 du CMF — ce qui impose des obligations supplémentaires au-delà du simple sanction screening.

SecteurBase légaleQui concrètementLCB-FT ?Obligation screening ?
Agence de voyage / OTARègl. 269/20143, 833/20144 ; CMF/DDADUE5Exploitant d’agence, opérateur OTA qui reçoit des paiements pour des voyagesNONOUI
Courtier/agent en assuranceArt. L561-2 CMF ; règl. 269/20143, 833/20144Courtier qui perçoit et reverse des primes d’assuranceOUI (à vérifier)OUI
Agent immobilierArt. L561-2 CMF ; règl. 269/20143, 833/20144Agent qui intermédiaire les ventes/achats ou les bauxOUIOUI
Société de leasingRègl. 269/20143, 833/20144 ; CMF/DDADUE5SAS/SARL qui conclut des contrats de leasingà vérifierOUI
Boutique e-commerceRègl. 269/20143, 833/20144Marchand en ligne avec clients ou fournisseurs dans l’UE ou hors UENON (en général)OUI
Opérateur télécomCMF/DDADUE5 ; règl. 269/20143, 833/20144Fournisseur de services télécom avec contrats clients entrepriseà vérifierOUI

La mention « à vérifier » signifie que le statut d’assujetti LCB-FT pour ce secteur doit être vérifié au regard du libellé en vigueur de l’article L561-2 du CMF par un avocat ou un conseiller en conformité. L’obligation de sanction screening (dernière colonne) s’applique à tous les secteurs du tableau — sans exception.


3. Bases juridiques — quelles dispositions fondent l’obligation

L’obligation de sanction screening découle de trois niveaux juridiques qui se superposent. Comprendre cette hiérarchie permet de répondre à la question « que dois-je faire concrètement et pourquoi ».

Niveau 1 — Règlements de l’UE d’application directe

Le règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine gèle les avoirs et interdit la mise à disposition de fonds aux personnes et entités de la liste3. Le règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine introduit des interdictions commerciales et sectorielles4. Les deux règlements ont été modifiés à de nombreuses reprises par les paquets de sanctions successifs — leur version consolidée à jour est disponible sur EUR-Lex.

Niveau 2 — Droit français

Le Code monétaire et financier (CMF), modifié par la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024, sert à mettre en œuvre les règlements de l’UE précités5. Il désigne la DG Trésor, la Douane (DGDDI) et Tracfin comme autorités d’exécution et fixe les sanctions pénales et administratives applicables12.

Niveau 3 — Dispositif LCB-FT

Le dispositif LCB-FT (Livre V titre VI du CMF, art. L561-1 et suivants) impose des obligations supplémentaires aux personnes assujetties énumérées à l’article L561-2 du CMF. Il s’agit d’un catalogue plus restreint que celui des destinataires des règlements de l’UE, mais avec un champ d’obligations plus large (évaluation du risque, surveillance des transactions, déclaration de soupçon à Tracfin).

Évolution majeure — Directive 2024/1226

La directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union6 imposait aux États membres de criminaliser les violations des sanctions au plus tard le 20 mai 20256. La France a transposé en avance, par la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024, qui a modifié l’article L574-3 du CMF pour renforcer les sanctions pénales : 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende, multipliée par cinq pour les personnes morales (soit 3 750 000 €). Plus de détails dans l’article dédié Directive (UE) 2024/1226 : transposition française et impact sur les entreprises.


4. Quelles listes de sanctions sont pertinentes pour les entreprises françaises ?

L’exigence minimale pour toute entreprise française est le contrôle de la liste consolidée de l’UE. Selon le profil d’activité, les listes ONU et OFAC peuvent également être pertinentes.

Liste UE — Consolidated List

La liste consolidée des sanctions de l’UE (Consolidated List) est tenue et mise à jour par la Commission européenne — Direction générale FISMA7. Elle contient les personnes physiques, entreprises et organisations visées par les sanctions financières de l’UE. Le contrôle face à cette liste est obligatoire pour toute entreprise exerçant dans l’UE. La liste est accessible sur webgate.ec.europa.eu/fsd ou via des systèmes informatiques. Combien d’entrées contient la liste et à quelle vitesse elle croît, voyez l’article Combien d’acteurs concerne la liste de sanctions de l’UE.

Liste ONU — UN Security Council Sanctions

Cette liste est tenue par le Conseil de sécurité de l’ONU. Elle inclut des acteurs liés au terrorisme, à des pays sanctionnés par l’ONU (Corée du Nord, Iran, Soudan, etc.) et à d’autres menaces pour la paix. Elle est obligatoire si vous traitez avec des acteurs hors UE ou avez des partenaires de pays à haut risque.

Registre national des gels (France)

En France, la DG Trésor tient le registre national des personnes et entités faisant l’objet d’une mesure de gel des avoirs. Ce registre reprend les mesures de gel européennes ainsi que les mesures nationales prononcées par arrêté ministériel (ministre de l’Économie et ministre de l’Intérieur). Il est consultable sur le site de la DG Trésor. Toute entreprise exerçant en France doit le consulter au même titre que la liste consolidée de l’UE.

Liste OFAC — US Treasury

La liste tenue par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor américain n’est pas obligatoire pour les entreprises françaises au regard du droit français ou de l’UE. Toutefois, si vous réglez en dollars américains, avez des partenaires ou des liens de groupe aux États-Unis, utilisez des banques correspondantes américaines ou exportez des produits sous contrôle d’exportation américain — une violation OFAC peut avoir des conséquences sérieuses sur vos relations à l’étranger. De nombreux exportateurs français et entreprises actives à l’international contrôlent OFAC en tant que standard de vigilance.

Une présentation détaillée des trois grandes listes — ce que chacune comprend, comment l’obtenir et quand elle devient obligatoire — figure dans l’article Listes de sanctions pour les entreprises françaises.


5. Ce que votre entreprise doit faire concrètement — 7 étapes

Voici un plan d’action concret. Pas de théorie, pas de « il faudrait mettre en place une politique » — étape par étape, ce qu’il faut faire dans les prochaines semaines.

Étape 1 : Déterminez si vous êtes concerné

Utilisez le tableau de la section 2.4. Si vous exercez en France (ou plus généralement — dans l’UE), la réponse est presque toujours « oui ». Les seuls cas de doute concernent des activités purement locales sans aucun lien avec des acteurs étrangers — et même dans ce cas, il est plus prudent de présumer l’existence d’une obligation.

Étape 2 : Désignez une personne responsable

Quelqu’un dans votre entreprise doit être responsable de la conformité sanctions. Il n’est pas nécessaire que ce soit un juriste — une personne de l’administration, de la comptabilité ou une collaboratrice désignée par le dirigeant peut assumer cette fonction. L’essentiel est une lettre de mission écrite et la clarté des missions.

Étape 3 : Élaborez une politique sanctions interne

La politique sanctions est un document qui décrit : qui vous contrôlez (clients, partenaires, fournisseurs, intermédiaires), quand vous contrôlez (avant la première transaction, à chaque suivante, à chaque mise à jour de la liste), comment vous contrôlez (manuellement ou via un système) et comment vous documentez les résultats. Elle n’a pas besoin d’être longue — quelques pages suffisent pour démarrer.

Un modèle de politique sanctions avec procédure et registre des résultats figure dans l’article Politique sanctions — documents modèles.

Étape 4 : Définissez les moments de contrôle

Minimum absolu : contrôle avant toute nouvelle relation d’affaires et avant la première transaction avec un nouveau partenaire. Bonne pratique pour les entreprises à profil de risque élevé (commerce transfrontalier, partenaires de Russie ou Biélorussie, volumes de transactions élevés) : contrôle à chaque mise à jour de la liste de sanctions, y compris pour les partenaires existants.

Étape 5 : Mettez en œuvre une procédure de contrôle

Minimum pour une entreprise française : liste consolidée de l’UE et registre national des gels (DG Trésor). Listes ONU et OFAC — si vous êtes en relation commerciale avec des acteurs hors UE. Le contrôle peut être effectué manuellement (formulaire de recherche sur le site de la Commission), via un tableur (pour de faibles volumes, jusqu’à quelques dizaines de partenaires) ou via un outil spécialisé (recommandé pour toute entreprise dépassant quelques dizaines de transactions par mois).

Un guide détaillé pour la vérification pas à pas — avec la procédure manuelle et la procédure automatisée — figure dans l’article Comment vérifier un partenaire commercial face aux sanctions.

Étape 6 : Documentez chaque contrôle

Même si le CMF ne prescrit pas expressément un registre de screening pour les entreprises hors finance, la documentation est votre meilleure preuve de diligence en cas de contrôle par la DG Trésor ou la Douane. Enregistrez : date du contrôle, données du partenaire, liste utilisée, résultat (MATCH/POSSIBLE/CLEAR) et mesures prises. En cas de MATCH ou POSSIBLE, notez impérativement qui a pris la décision et son contenu.

Étape 7 : Maintenez la procédure à jour

La liste de l’UE est mise à jour en continu par la Commission — sans calendrier fixe. Votre procédure doit prévoir une veille des modifications de la liste — soit par un contrôle manuel plusieurs fois par mois, soit par un outil qui le fait automatiquement et vous alerte des changements.

5.1 À quelle fréquence faut-il contrôler les partenaires ?

La question de la fréquence est l’une des plus fréquentes — et la réponse dépend du profil de risque de votre entreprise.

Minimum absolu pour toute entreprise : avant la première transaction avec un nouveau partenaire. Cette obligation découle directement des interdictions de transactions des règlements de l’UE — vous ne pouvez pas conclure un contrat ni virer de l’argent sans savoir si le partenaire est listé.

Bonne pratique, recommandée à tous : à chaque mise à jour de la liste de sanctions, scannez les partenaires actifs. Les listes de l’UE peuvent changer d’un jour à l’autre — de nouvelles inscriptions interviennent en réponse à des décisions politiques du Conseil de l’UE.

Pour les personnes assujetties à la LCB-FT (banques, experts-comptables, agents immobiliers), les articles L561-5 à L561-14 du CMF régissent les obligations de vigilance — leur fréquence dépend de l’évaluation du risque client.

Si votre entreprise gère de nombreux partenaires ou travaille à l’international, le contrôle manuel plusieurs fois par mois devient impraticable. L’automatisation — un outil qui surveille les listes en autonomie et alerte d’une nouvelle inscription parmi vos partenaires — résout la question de la fréquence.


6. Que risquez-vous si vous ne faites pas de screening ?

Les conséquences de l’absence de sanction screening se divisent en deux types : juridiques et commerciales. Il faut connaître les deux — non pour avoir peur, mais pour mesurer l’enjeu.

Conséquences juridiques

Sanctions pénales : quiconque enfreint les interdictions des règlements 833/2014, 765/2006 ou 269/2014 encourt 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende au titre de l’article L574-3 du Code monétaire et financier2. Cette responsabilité s’applique à la personne physique — au dirigeant, au membre du directoire, à la personne désignée comme responsable conformité.

Responsabilité pénale des personnes morales : l’article 121-2 du Code pénal permet d’engager la responsabilité pénale d’une personne morale pour les infractions commises pour son compte par ses organes ou représentants. L’amende encourue est multipliée par cinq par rapport au montant prévu pour les personnes physiques (article 131-38 du Code pénal) — soit 3 750 000 € pour une violation de sanctions1.

Confiscation : les articles 131-21 et 132-1 du Code pénal permettent la confiscation des sommes ou des biens qui ont servi à commettre l’infraction ou qui en sont le produit — indépendamment de l’amende ou de la peine d’emprisonnement.

Criminalisation au niveau de l’UE : la directive (UE) 2024/1226 du 24 avril 2024 imposait à tous les États de l’UE de criminaliser les violations des sanctions au plus tard le 20 mai 20256. La France a transposé en avance, par la loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024. Une présentation complète des sanctions pénales et de leur base légale figure dans l’article Sanctions pénales et amendes pour violation des sanctions UE.

Conséquences commerciales

Outre les sanctions juridiques, une violation des sanctions présente un risque réputationnel considérable. Les banques résilient de plus en plus les comptes d’entreprises ayant commis des violations ou n’ayant pas mis en place de procédures de conformité de base. Les relations de banque correspondante sont souvent immédiatement rompues en cas de violation — ce qui peut paralyser les flux de paiement internationaux. Pour les entreprises réglementées (courtiers d’assurance, intermédiaires financiers), une violation peut entraîner le retrait de l’agrément. Les partenaires commerciaux des États-Unis, du Royaume-Uni — et de plus en plus à l’intérieur de l’UE — exigent de leurs fournisseurs et partenaires une documentation du sanction screening.

Les violations des sanctions font l’objet d’une application active en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et dans d’autres pays de l’UE. Ce n’est pas un risque abstrait.


7. Comment organiser le screening en pratique — outils et automatisation

Indépendamment de la taille de l’entreprise, vous avez trois options pratiques.

Option 1 : Contrôle manuel

Vous ouvrez la page de la Commission européenne (portail Financial Sanctions Files7), saisissez le nom du partenaire et examinez le résultat. Avantages : gratuit, simple, sans déploiement. Inconvénients : chronophage en cas de nombreux partenaires, pas d’historique des contrôles, risque d’erreur humaine, pas d’alertes automatiques en cas de mise à jour. Pour une entreprise avec peu de nouveaux partenaires par mois — acceptable. Pour une entreprise avec plusieurs centaines de transactions — impraticable.

Option 2 : Tableur avec documentation manuelle

Vous pouvez tenir un registre des contrôles dans Excel ou Google Sheets : date, nom du partenaire, liste, résultat. C’est un cran au-dessus du contrôle purement manuel — vous avez un historique. Inconvénient : pas d’alertes en cas de changement de liste, scalabilité nulle, risque de données obsolètes en cas de portefeuille important de partenaires.

Option 3 : Outil spécialisé de sanction screening

L’outil récupère automatiquement les mises à jour de listes, contrôle vos partenaires à chaque mise à jour et alerte en cas de changement. Il fournit un résultat en trois états : MATCH, POSSIBLE, CLEAR — avec documentation automatique de chaque contrôle. Critères clés lors du choix : fréquence de mise à jour des listes, temps de réponse, format des résultats, possibilités d’intégration avec ERP/CRM et option d’installation on-premise (les données ne sortent pas de votre infrastructure).

La documentation générée automatiquement par l’outil est une piste d’audit prête à l’emploi — une preuve de diligence qui peut être déterminante en cas de contrôle de la DG Trésor ou de la Douane.


8. Comment Sanqto peut aider

Sanqto est un logiciel de sanction screening spécialement conçu pour les entreprises hors secteur financier — agences de voyage, cabinets d’agents immobiliers, courtiers d’assurance, sociétés de leasing, boutiques e-commerce. Le logiciel est installé dans le réseau du client (on-premise), ce qui signifie que les données des partenaires ne quittent pas votre infrastructure. Le système contrôle les partenaires face aux listes de sanctions et fournit un résultat en trois états — MATCH, POSSIBLE ou CLEAR — et chaque contrôle est documenté automatiquement, constituant une piste d’audit. En complément du logiciel, nous proposons un pack de documents de mise en œuvre : politique sanctions, procédure, registre des résultats et évaluation des risques — des modèles pour votre secteur. Pour la personne désignée à la conformité, nous avons préparé une formation en ligne avec certification, qui permet de construire les compétences sans avoir à embaucher un avocat externe. Voyez comment Sanqto fonctionne dans votre secteur : Sanction screening pour les agences de voyage, Sanction screening pour les agents immobiliers, Sanction screening pour les courtiers d’assurance.


9. Bases juridiques

  • Règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine — CELEX 32014R0269

  • Règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine — CELEX 32014R0833

  • Code monétaire et financier (CMF) — en particulier les articles L574-1 à L574-3 (sanctions pénales pour violation des mesures restrictives) et L562-1 et suivants (gel des avoirs) — legifrance.gouv.fr

  • Loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne (DDADUE) — JORF n° 0095 du 23 avril 2024

  • Code monétaire et financier — Livre V titre VI (LCB-FT), articles L561-1 et suivants — legifrance.gouv.fr

  • Code pénal — articles 121-2, 131-38 (responsabilité pénale des personnes morales) et 131-21 (confiscation) — legifrance.gouv.fr

  • Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union — CELEX 32024L1226

  • Liste consolidée des sanctions de l’UE — tenue par la Commission européenne (DG FISMA) : webgate.ec.europa.eu/fsd

  • Registre national des gels — DG Trésor : https://gels-avoirs.dgtresor.gouv.fr/


Notes


Information, pas de conseil juridique. Cet article est fourni uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. L’analyse juridique d’une situation individuelle doit être effectuée avec un avocat compétent en droit des sanctions internationales et en droit du commerce extérieur. État du droit : 2026-05-23.


  1. Art. L574-3 du Code monétaire et financier — sanctions pénales pour violation des mesures restrictives : 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende ; multiplication par cinq pour les personnes morales (art. 131-38 du Code pénal). — Code monétaire et financier — art. L574-3 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎

  2. Art. L574-3 CMF (5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende) et art. 121-2, 131-38 du Code pénal (responsabilité pénale des personnes morales) — responsabilité pénale pour violation des interdictions des règlements de l’UE 269/2014 et 833/2014. — legifrance.gouv.fr ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎

  3. Règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine, art. 2 §§ 1-2 : « Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant à toute personne physique […] énumérée à l’annexe I ou détenus ou contrôlés par elles. » — CELEX 32014R0269 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎

  4. Règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine, art. 2 § 1 : « Il est interdit de vendre, fournir, transférer ou exporter, directement ou indirectement, des biens et technologies à double usage […] à toute personne physique ou morale, toute entité ou tout organisme en Russie […]. » — CELEX 32014R0833 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎

  5. CMF et loi DDADUE n° 2024-364 du 22 avril 2024 servent à mettre en œuvre les règlements (UE) 765/2006, 269/2014 et 833/2014 dans l’ordre juridique français ; la transposition française de la directive 2024/1226 a été effectuée par la loi DDADUE. — JORF n° 0095 du 23 avril 2024 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎

  6. Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union et modifiant la directive (UE) 2018/1673, art. 20 § 1 : « Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 20 mai 2025. » — CELEX 32024L1226 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎

  7. Commission européenne, DG FISMA — Overview of sanctions and related resources: « The consolidated list of individuals, groups and organisations subject to EU financial sanctions, which DG FISMA manages and updates whenever necessary. » — finance.ec.europa.eu ↩︎ ↩︎