Sanctions dans le e-commerce — ce que toute boutique en ligne doit savoir
Une boutique en ligne aussi doit contrôler ses clients et ses marchandises au regard des sanctions de l'UE. Découvrez qui vérifier, quels produits sont à risque et comment automatiser le screening.

Une boutique en ligne, cela ressemble à une zone sûre — des transactions avec des consommateurs, une livraison rapide, aucun marché exotique. C’est une fausse impression. Les règlements de l’UE relatifs aux sanctions économiques s’appliquent directement à tout acteur exerçant une activité dans l’Union, sans exception de secteur ni de modèle de vente — y compris les boutiques en ligne et les plateformes e-commerce.1 Si votre boutique sert des clients B2B, réalise des expéditions à l’étranger ou vend de l’électronique, des composants ou d’autres biens à double usage, vous avez une obligation réelle de sanction screening.
Cet article explique qui vous devez vérifier et quand, quelles marchandises sont visées par un embargo, ce que signifie la clause « no re-export to Russia » pour une boutique qui expédie des commandes à l’étranger, et comment organiser la vérification sans paralyser vos opérations.
État du droit au : 2026-05-20.
TL;DR — l’essentiel en 60 secondes
- Le sanction screening dans le e-commerce n’est pas une option — les règlements de l’UE s’appliquent directement, sans seuil de chiffre d’affaires ni restriction de secteur.1
- Vous vérifiez les clients B2B, les destinataires étrangers et les fournisseurs sur les plateformes marketplace au regard de la liste consolidée de l’UE, du registre national des gels d’avoirs de la DG Trésor2 et — pour les transactions en USD ou avec des entités liées aux États-Unis — de la liste OFAC SDN.3
- L’électronique, les sous-ensembles, les pièces détachées et les biens à double usage (dual-use) sont visés par l’embargo de l’UE sur la Russie au titre du règlement (UE) n° 833/20144 — avant l’expédition, vérifiez le code NC de la marchandise dans la base TARIC.5
- Depuis le 11ᵉ paquet de sanctions (23 juin 2023), l’exportateur de l’UE doit obtenir de l’acheteur situé dans un pays tiers une déclaration écrite attestant que la marchandise ne sera pas réexportée vers la Russie — c’est la clause « no re-export to Russia » de l’art. 12g du règl. 833/2014.67
- En cas de violation des sanctions, vous encourez 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende au titre de l’article L574-3 du Code monétaire et financier, montant multiplié par cinq pour les personnes morales (soit 3 750 000 €) en application de l’article 131-38 du Code pénal.8
- L’UE a adopté à ce jour 20 paquets de sanctions contre la Russie (le dernier : 23 avril 2026) — les listes de sanctions s’allongent régulièrement, c’est pourquoi une vérification ponctuelle ne suffit pas.9
Une boutique en ligne doit-elle faire du sanction screening ?
Réponse courte : oui. La réponse longue explique pourquoi l’intuition selon laquelle « cela ne concerne que les banques » est erronée.
Les règlements du Conseil de l’UE sont directement applicables dans tous les États membres — ils entrent en vigueur sans transposition distincte dans le droit national.1 L’art. 2 § 1 du règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 201410 interdit de mettre à disposition — directement ou indirectement — des fonds ou des ressources économiques au profit des personnes et entités figurant sur la liste de sanctions. Cette interdiction ne distingue pas selon que vous mettez ces ressources à disposition par un virement bancaire ou par l’expédition d’une marchandise achetée dans une boutique en ligne.
Parallèlement, un embargo sectoriel s’applique. Le règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 20144 interdit la vente, la fourniture et l’exportation de certaines catégories de marchandises et de technologies — que l’acheteur figure ou non sur une quelconque liste de sanctions. Si votre produit relève d’une catégorie interdite, la transaction est illégale quelle que soit l’identité de l’acheteur.
En France, ces interdictions issues du droit de l’UE sont relayées et sanctionnées par le Code monétaire et financier (CMF, art. L574-3) et le Code pénal, qui assurent la répression des règlements de sanctions de l’UE, directement applicables.11 Ces dispositions concernent tout acteur exerçant une activité en France — sans seuil de chiffre d’affaires, sans exception pour le e-commerce.
Si vous souhaitez vérifier en détail si votre entreprise est concernée par cette obligation, lisez l’article Mon entreprise doit-elle faire du sanction screening ?
Qui vérifier — clients B2B, destinataires étrangers, partenaires commerciaux
Toutes les commandes d’une boutique en ligne n’exigent pas la même profondeur de vérification. En pratique, le risque se répartit de manière inégale et se concentre dans quelques catégories de transactions.
Clients B2B et commandes professionnelles
Lorsqu’une entreprise passe commande — en indiquant son numéro d’identification, en demandant une facture au nom de la société ou en utilisant un compte B2B — vous disposez d’un acteur économique précis à vérifier. Vous vérifiez la dénomination complète de l’entreprise, le numéro d’identification (numéro de TVA, numéro d’immatriculation) et le pays du siège au regard de la liste consolidée de l’UE ainsi que du registre national des gels d’avoirs tenu par la DG Trésor.2 Il est également important de vérifier la structure de propriété : une entité contrôlée à plus de 50 % par une personne figurant sur la liste de sanctions est visée par les sanctions au même titre qu’elle — même si l’entité elle-même n’y figure pas.12 Cette règle, dite règle de propriété, découle directement de la FAQ de la DG FISMA de la Commission européenne.
Destinataires étrangers
Toute expédition à l’étranger — surtout vers des pays hors de l’espace Schengen ou de l’UE — exige une attention particulière. Vous vérifiez le destinataire (qu’il s’agisse d’une personne physique ou d’une entreprise pour les commandes B2B) au regard des listes de sanctions avant d’exécuter la commande. Pour les transactions en dollars américains ou avec des entités liées aux États-Unis, il convient de vérifier également la liste OFAC SDN — Office of Foreign Assets Control, U.S. Department of the Treasury.13 La liste OFAC SDN est mise à disposition officiellement par le Treasury Department.3
Fournisseurs, plateformes et partenaires logistiques
La vérification ne s’arrête pas au client. Les fournisseurs auprès desquels vous achetez des marchandises destinées à la revente, ainsi que les partenaires logistiques qui assurent les expéditions à l’étranger, constituent d’autres points par lesquels votre boutique peut — sans le savoir — entrer en contact avec une entité visée par des sanctions. Vous trouverez la procédure de vérification détaillée, étape par étape — y compris le traitement des résultats MATCH et POSSIBLE — dans l’article Vérification d’un partenaire commercial au regard des sanctions.
Quelles marchandises sont à risque dans le e-commerce
Deux catégories de risque se superposent : le risque lié au partenaire (qui achète) et le risque lié au produit (ce que vous vendez). Cette seconde catégorie est facile à négliger, car l’embargo sur les marchandises s’applique indépendamment de l’identité de l’acheteur.
Biens à double usage (dual-use)
Les biens et technologies à double usage sont des produits ayant à la fois une application civile et une application militaire. Le règlement 833/2014 interdit leur vente, leur fourniture, leur transfert ou leur exportation — directement ou indirectement — vers la Russie ou aux fins d’une utilisation en Russie.4 Dans le e-commerce, relèvent souvent de cette catégorie : les composants électroniques (circuits intégrés, processeurs, modules de communication), les équipements de positionnement de précision, l’équipement aéronautique, les logiciels de gestion d’infrastructures critiques, ainsi que les outils industriels spécialisés. Les codes NC des marchandises visées par l’interdiction figurent dans les annexes du règl. 833/2014 — vous pouvez consulter la liste complète dans la base TARIC de la Commission européenne.5 Pour des informations détaillées sur la lecture des codes NC et l’utilisation de TARIC, consultez l’article Embargo sur la Russie — guide pratique pour les entreprises.
Électronique grand public et pièces détachées
L’électronique grand public peut sembler anodine — smartphones, ordinateurs portables, routeurs — mais ces mêmes appareils peuvent être utilisés à des fins militaires ou de communication. Au fil des paquets de sanctions, l’UE a élargi la liste des catégories interdites en y intégrant de plus en plus de produits électroniques. Avant d’expédier tout matériel électronique vers un destinataire hors UE, vérifiez le code NC dans TARIC.5
Biens de luxe
Le règlement 833/2014 interdit l’exportation de biens de luxe vers la Russie au-delà d’un seuil de valeur défini dans les annexes du règlement.4 Cette catégorie comprend notamment les véhicules de luxe, les montres, les articles de joaillerie et les œuvres d’art. Si vous exploitez une boutique dans cette niche avec expédition internationale, le sujet vous concerne directement.
Expédition internationale et sanctions
La vente en ligne avec livraison à l’étranger est le domaine où le risque de sanctions est le plus élevé et le plus difficile à maîtriser. Plusieurs points exigent votre attention particulière.
Interdiction de livraison vers la Russie et la Biélorussie
Les marchandises visées par un embargo ne peuvent pas être expédiées vers la Russie — ni directement, ni par l’intermédiaire de tiers situés dans des pays tiers. L’interdiction porte sur la vente, la fourniture, le transfert et l’exportation — la formulation englobe délibérément différentes formes de transfert, pas seulement l’exportation classique.4 En pratique, cela signifie que même si vous expédiez formellement la marchandise vers un pays X, mais que le destinataire final est une entité située en Russie, la transaction est illégale.
Clause « no re-export to Russia » — art. 12g
Depuis le 11ᵉ paquet de sanctions de l’UE (23 juin 2023), les exportateurs de l’UE ont l’obligation d’obtenir des acheteurs situés dans des pays tiers une déclaration écrite attestant que la marchandise ne sera pas réexportée vers la Russie.6 Cette obligation découle de l’art. 12g du règlement 833/20147 et porte sur certaines marchandises énumérées dans les annexes du règlement, en particulier les biens à double usage et les biens de la liste Common High Priority.
En pratique : si vous expédiez une marchandise relevant de cette disposition à un acheteur au Kazakhstan, en Géorgie, en Turquie ou dans d’autres pays tiers, vous avez besoin de sa déclaration de non-réexportation vers la Russie — et vous devez la conserver dans votre documentation. La Commission européenne qualifie ces pays de zones à risque accru de contournement des sanctions, en employant l’expression « third countries with continued and particularly high risk of circumvention ».14 Nous décrivons plus en détail le mécanisme de réexportation et les signaux d’alerte dans l’article Contournement des sanctions contre la Russie via des pays tiers.
Interdiction de recourir à des transporteurs russes
À partir des paquets de sanctions successifs, les entreprises de transport russes et les véhicules immatriculés en Russie ne peuvent plus entrer sur le territoire de l’UE.15 Si votre boutique a recours à des prestataires logistiques, assurez-vous de ne pas conclure de contrats avec des transporteurs visés par cette interdiction.
Dropshipping et marketplace — risques supplémentaires
Les modèles économiques fondés sur le dropshipping et la marketplace compliquent le tableau juridique de manière significative. Dans le dropshipping classique, la boutique reçoit la commande, mais c’est le fournisseur qui expédie directement la marchandise — souvent depuis un autre pays. Sur une marketplace agrégeant de nombreux vendeurs, chacun d’eux est responsable de ses propres transactions, mais l’opérateur de la plateforme peut engager une responsabilité supplémentaire pour avoir permis des transactions violant les sanctions.
Si vous êtes opérateur de dropshipping, vous répondez de la vérification tant de vos fournisseurs (qui produit et expédie la marchandise) que des destinataires finaux (qui commande). Vous ne pouvez pas reporter cette responsabilité sur le fournisseur — vous êtes partie à la transaction commerciale et c’est vous qui finalisez la vente. Une logique similaire s’applique aux opérateurs de marketplace : permettre à un vendeur visé par des sanctions d’utiliser votre plateforme peut constituer une violation de l’art. 2 du règl. 269/2014, qui interdit de mettre des ressources économiques à la disposition des entités figurant sur la liste — directement ou indirectement.10
En pratique, cela implique de mettre en place un processus d’onboarding des vendeurs (marketplace) ou des fournisseurs (dropshipping) qui comprend une vérification au regard des listes de sanctions — non pas une seule fois lors de la signature du contrat, mais de manière périodique, car les listes sont mises à jour régulièrement.
Comment automatiser la vérification face à un grand volume de commandes
Une boutique en ligne qui traite des centaines ou des milliers de commandes par jour ne peut pas effectuer une vérification manuelle de chaque client — ce n’est ni efficace, ni étanche. Dans le même temps, l’absence de vérification constitue un risque juridique réel. La solution réside dans un processus structuré reposant sur plusieurs éléments.
Segmentation du risque
Toutes les commandes n’exigent pas la même profondeur de vérification. Établissez des profils de risque : les commandes nationales B2C de faible valeur et sans marchandises sensibles relèvent d’un risque faible ; les commandes B2B, les commandes étrangères et les commandes comprenant des biens de la liste dual-use relèvent d’un risque élevé exigeant un screening complet. Cette répartition permet de concentrer les ressources là où le risque est le plus important, sans ralentir l’ensemble de l’opération.
Screening automatique à l’inscription et à la commande
Lors de l’inscription d’un compte B2B, à chaque commande étrangère et à chaque transaction au-delà d’un seuil de valeur fixé, il est utile d’intégrer un contrôle automatique des données du partenaire au regard des listes de sanctions. L’outil de screening récupère les listes à jour et compare les données — prénom, nom ou dénomination de l’entreprise, pays, identifiant — en renvoyant un résultat MATCH, POSSIBLE ou CLEAR. Un résultat CLEAR est consigné dans le registre et ne bloque pas la commande. Un résultat POSSIBLE exige une vérification manuelle. Un résultat MATCH bloque la transaction jusqu’à éclaircissement.
Vérification des marchandises au regard de TARIC
Au-delà du screening des personnes et entités, la boutique devrait disposer d’une cartographie produit à jour — un inventaire des codes NC des marchandises principales, indiquant si chaque code est visé par un embargo. Vous pouvez consulter la base TARIC de la Commission européenne directement à l’adresse ec.europa.eu/taxation_customs/dds2/taric.5
Documentation et registre des correspondances
Chaque vérification devrait être documentée : date du contrôle, entité vérifiée, liste, résultat, personne ayant effectué la vérification. Pour les entités assujetties au titre du dispositif LCB-FT (Livre V titre VI du Code monétaire et financier), la documentation doit être conservée pendant la durée prévue par les règles de vigilance applicables à l’issue de la relation d’affaires.16 Même si votre boutique n’est pas formellement une « entité assujettie » au sens de ces règles, documenter les vérifications est une bonne pratique et un élément de preuve potentiellement décisif en cas de contrôle.
Sanqto comme outil pour les boutiques en ligne
Sanqto est un logiciel de sanction screening installé dans votre propre infrastructure — les données de vos clients ne quittent pas vos serveurs (modèle on-premise). Le système compare les données des partenaires au regard des listes de sanctions consolidées et renvoie un résultat en trois états : MATCH, POSSIBLE ou CLEAR, ce qui aide à trier rapidement les commandes qui exigent une attention de celles que l’on peut exécuter. L’automatisation du screening contribue à réduire le risque de manquer une correspondance de sanctions face à un grand volume de transactions quotidiennes — sans avoir à vérifier manuellement chaque commande.
Pour en savoir plus sur la façon de déterminer si l’obligation de screening concerne votre boutique, consultez l’article Mon entreprise doit-elle faire du sanction screening ?
Sanctions encourues en cas de violation dans le e-commerce
La violation des sanctions n’est pas seulement un risque de réputation — c’est une responsabilité juridique, administrative et pénale concrète.
Sanctions pénales et amende
En France, la violation des interdictions issues des règlements de sanctions de l’UE est punie au titre de l’article L574-3 du Code monétaire et financier de 5 ans d’emprisonnement et de 750 000 € d’amende ; pour les personnes morales, l’amende est multipliée par cinq (soit 3 750 000 €) en application de l’article 131-38 du Code pénal.8 Ces sanctions sont prononcées par le juge pénal, la mise en œuvre administrative et le gel des avoirs relevant de la DG Trésor, de la Douane (DGDDI) et de Tracfin.17
Responsabilité pénale et criminalisation
La directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union18 impose aux États de l’UE de criminaliser les violations intentionnelles des sanctions. Le délai de transposition de la directive a expiré le 20 mai 2025.19 Pour les violations les plus graves, la directive prévoit une peine maximale d’emprisonnement d’au moins cinq ans.20
En France, la transposition de la directive n’est pas encore intervenue (délai dépassé le 20 mai 2025, mise en demeure de la Commission le 24 juillet 2025) — elle est en cours via le projet de loi n° 2544. En attendant, les violations sont déjà réprimées par l’art. L574-3 du CMF.11
Absence de seuil minimal
Il convient de souligner : les dispositions ne prévoient ni seuil de valeur de la commande, ni seuil de chiffre d’affaires de l’entreprise en deçà duquel l’obligation en matière de sanctions ne s’appliquerait pas. L’art. 2 § 1 du règl. 269/2014 s’applique à « tous les fonds et ressources économiques » — sans limite de montant.10
FAQ — questions fréquentes des boutiques en ligne
Dois-je vérifier tous mes clients B2C ?
L’obligation porte sur chaque transaction — en théorie, même les clients particuliers. En pratique, le risque lié aux commandes nationales B2C portant sur des produits de consommation standard est faible, et une approche fondée sur la segmentation du risque est justifiée. Pour les commandes étrangères, les marchandises potentiellement visées par un embargo et chaque commande B2B, la vérification devrait être obligatoire.
Que faire si le screening renvoie un résultat POSSIBLE ?
Un résultat POSSIBLE signifie que l’algorithme a trouvé des données proches d’une entrée de la liste, sans qu’il s’agisse d’une correspondance certaine. Vous suspendez l’exécution de la commande et procédez à une vérification manuelle : vous comparez les données d’identification précises du client (nom et prénom complets, date de naissance, pays, numéros d’identification) avec les données de l’entrée de la liste. Si les données ne correspondent pas — vous documentez le résultat et libérez la commande. Si elles correspondent — vous traitez le cas comme un MATCH et vous contactez un avocat ou l’autorité compétente.
L’embargo concerne-t-il ma marchandise si j’expédie vers un pays de l’UE ?
En principe, l’embargo interdit l’exportation des marchandises interdites vers la Russie, et non vers d’autres pays de l’UE. Toutefois, si la marchandise est ensuite réexportée vers la Russie, la transaction peut violer les sanctions — c’est pourquoi existe la clause « no re-export to Russia » de l’art. 12g du règl. 833/2014.67 À l’intérieur de l’UE, le risque est moindre, mais pas nul.
Comment vérifier si ma marchandise a un code NC visé par un embargo ?
Vous accédez au site TARIC de la Commission européenne ec.europa.eu/taxation_customs/dds2/taric5 et vous saisissez le code NC de votre produit ou sa description. Le système affiche les mesures commerciales actives, y compris les interdictions d’exportation. Si vous ne connaissez pas le code NC, vous pouvez le déterminer à l’aide de la nomenclature combinée (NC) disponible dans le même outil.
En tant que plateforme marketplace, suis-je responsable des vendeurs présents sur ma plateforme ?
Oui. Permettre à une entité visée par des sanctions d’utiliser votre plateforme et mettre l’infrastructure de celle-ci à sa disposition en tant que ressource économique peut violer l’art. 2 du règl. 269/2014.10 Vous devriez disposer d’un processus de vérification des vendeurs lors de leur onboarding et d’une procédure de revue périodique.
À quelle fréquence dois-je renouveler la vérification ?
Une vérification ponctuelle — à l’inscription ou à la première commande — ne suffit pas. Les listes de sanctions sont mises à jour régulièrement : l’UE a adopté 20 paquets de sanctions contre la Russie, le dernier en avril 2026.9 En cas de relations commerciales actives, vous devriez renouveler la vérification de manière périodique ou intégrer un screening automatique qui utilise les versions à jour des listes.
Que faire concrètement — liste d’étapes
Identifiez les produits à risque. Passez en revue l’assortiment de votre boutique et signalez les marchandises susceptibles d’être visées par un embargo (électronique, composants, outils de précision). Vérifiez leurs codes NC dans la base TARIC.5
Établissez une procédure de segmentation des commandes. Déterminez quelles commandes exigent un screening complet (B2B, commandes étrangères, biens dual-use) et lesquelles peuvent être traitées comme à faible risque.
Choisissez un outil de screening. La vérification manuelle face à un grand volume de commandes est peu pratique et exposée aux erreurs. Intégrez un outil de screening à votre système de commandes ou vérifiez par lots lors de l’onboarding de nouveaux clients B2B.
Mettez en œuvre la clause « no re-export to Russia ». Si vous expédiez des marchandises visées par l’art. 12g du règl. 833/2014 vers des pays hors UE, préparez un modèle de déclaration pour les acheteurs et collectez les documents signés avant l’exécution de la commande.67
Configurez un registre des correspondances. Documentez chaque vérification — date, entité, liste, résultat, personne ayant effectué la vérification. Conservez la documentation pendant la durée prévue par les règles de vigilance applicables.16
Désignez une personne responsable de la conformité. Même une petite boutique devrait disposer de quelqu’un qui connaisse les procédures et sache quoi faire en cas de résultat MATCH ou POSSIBLE.
Établissez une procédure d’onboarding pour la marketplace et le dropshipping. Si vous travaillez avec des fournisseurs ou des vendeurs, vérifiez-les au regard des listes de sanctions avant la signature du contrat et de manière périodique pendant la collaboration.
Réalisez des revues périodiques. Les listes de sanctions évoluent. Mettez en place un calendrier régulier de revues ou un suivi automatique des changements.
Base juridique
- Règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine — CELEX 32014R0269
- Règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014 concernant des mesures restrictives eu égard aux actions de la Russie déstabilisant la situation en Ukraine — CELEX 32014R0833
- Code monétaire et financier — art. L574-3 (sanctions pénales en cas de violation des mesures restrictives de l’UE) et art. 131-38 du Code pénal (amende ×5 pour les personnes morales) — art. L574-3 CMF
- Projet de loi n° 2544 (déposé le 3 mars 2026) — transposition en cours de la directive (UE) 2024/1226 en France — assemblee-nationale.fr
- Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union — CELEX 32024L1226
- TARIC — base de données de la Commission européenne avec les codes NC et les mesures commerciales — ec.europa.eu/taxation_customs/dds2/taric
- Liste consolidée de l’UE (Financial Sanctions Files) — webgate.ec.europa.eu/fsd/fsf
- Registre national des gels d’avoirs (DG Trésor) — gels-avoirs.dgtresor.gouv.fr
- Liste OFAC SDN — Office of Foreign Assets Control, U.S. Department of the Treasury — ofac.treasury.gov
- FAQ DG FISMA — Sanctions adopted following Russia’s military aggression against Ukraine — finance.ec.europa.eu
- FAQ DG FISMA — « No re-export to Russia » clause, art. 12g — finance.ec.europa.eu/publications/no-re-export-russia-clause_en
Notes
Information, pas de conseil juridique. Cet article est fourni uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. L’analyse juridique d’une situation individuelle doit être effectuée avec un avocat compétent en droit des sanctions internationales et en droit du commerce extérieur. État du droit : 20 mai 2026.
EUR-Lex — « A regulation is binding in its entirety and directly applicable in all Member States » (art. 288 TFUE), eur-lex.europa.eu ↩︎ ↩︎ ↩︎
En France, il n’existe pas de liste de sanctions nationale autonome — les listes appliquées sont les listes consolidées de l’UE (règl. 269/2014, 833/2014) ; la DG Trésor tient le registre national des gels d’avoirs, gels-avoirs.dgtresor.gouv.fr ↩︎ ↩︎
OFAC SDN List, Office of Foreign Assets Control, U.S. Department of the Treasury, ofac.treasury.gov ↩︎ ↩︎
Règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil du 31 juillet 2014, art. 2 § 1, CELEX 32014R0833 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
TARIC Consultation, Commission européenne — dernière mise à jour TARIC : 19-05-2026, ec.europa.eu/taxation_customs/dds2/taric ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
FAQ DG FISMA — clause « No re-export to Russia », art. 12g du règl. 833/2014, 11ᵉ paquet de sanctions (23 juin 2023), finance.ec.europa.eu/publications/no-re-export-russia-clause_en ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil, art. 12g, CELEX 32014R0833 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Art. L574-3 du Code monétaire et financier (5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende) combiné à l’art. 131-38 du Code pénal (amende ×5 pour les personnes morales, soit 3 750 000 €) — Code monétaire et financier — art. L574-3, art. 131-38 Code pénal, état au 23.05.2026 ↩︎ ↩︎
DG FISMA, Commission européenne, « Sanctions adopted following Russia’s military aggression against Ukraine — 20th package, 23 April 2026 », finance.ec.europa.eu (consulté le 2026-05-17) ↩︎ ↩︎
Règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014, art. 2 §§ 1-2, CELEX 32014R0269 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Code monétaire et financier (CMF, art. L574-3) et Code pénal — cadre national de répression des sanctions de l’UE en France (directement applicables). La transposition de la directive (UE) 2024/1226 n’est pas encore intervenue (délai dépassé le 20 mai 2025) — en cours via le projet de loi n° 2544. assemblee-nationale.fr ↩︎ ↩︎
FAQ DG FISMA — règle de propriété : « An entity is considered as ‘owned’ by a sanctioned person if the latter owns more than 50% of its proprietary rights. », finance.ec.europa.eu ↩︎
OFAC — Office of Foreign Assets Control, U.S. Department of the Treasury, Ukraine-/Russia-related Sanctions, ofac.treasury.gov ↩︎
DG FISMA — « third countries with continued and particularly high risk of circumvention » — caractérisation des pays à risque dans le contexte de l’art. 12g du règl. 833/2014, finance.ec.europa.eu ↩︎
DG FISMA — « Prohibition on Russian freight operators and on the use of Russian trailers and semi-trailers. Prohibition to access EU ports and locks for Russian-flagged vessels », section Transport, finance.ec.europa.eu ↩︎
Code monétaire et financier, Livre V titre VI (LCB-FT) — art. L561-2 (catalogue des assujettis), obligations de conservation des documents à l’issue de la relation d’affaires, legifrance.gouv.fr ↩︎ ↩︎
CMF (art. L574-3) et Code pénal — autorités d’exécution en France : DG Trésor (Direction générale du Trésor), Douane (DGDDI), Tracfin, DG Trésor ↩︎
Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024, art. 3 § 1, CELEX 32024L1226 ↩︎
Directive (UE) 2024/1226, art. 20 § 1, CELEX 32024L1226 ↩︎
Directive (UE) 2024/1226, art. 5 § 3 b), CELEX 32024L1226 ↩︎