Transposition de la directive 2024/1226 — 9 pays de l'UE qui ont respecté le délai
Seuls 9 des 27 pays de l'UE ont transposé la directive 2024/1226 avant le 20 mai 2025. Découvrez quelles peines pour violation des sanctions s'appliquent aux Pays-Bas, en Suède, en Lituanie et dans 6 autres pays.

Le 20 mai 2025 a expiré le délai de transposition de la directive (UE) 2024/1226 — l’acte qui, pour la première fois, harmonise dans toute l’Union les sanctions pénales en cas de violation des sanctions. À cette date, 9 des 27 États membres avaient rempli cette obligation. La France n’en faisait pas partie : elle n’a pas transposé dans le délai et figure, le 24 juillet 2025, parmi les 18 pays auxquels la Commission européenne a adressé une mise en demeure ; sa transposition est désormais en cours via le projet de loi n° 2544 (déposé le 3 mars 2026).1 En attendant, les violations des sanctions sont déjà pénalement réprimées en France au titre de l’art. L574-3 du Code monétaire et financier. Pour une entreprise française qui vend à l’étranger, dispose d’une succursale à Stockholm ou d’un partenaire commercial à Vilnius, cela signifie une chose : la même violation des sanctions est aujourd’hui punie différemment dans chaque pays de l’UE — et dans 9 d’entre eux, la peine est déjà précise, sévère et en vigueur.
TL;DR
- 9 pays ont transposé la directive 2024/1226 avant ou peu après le délai : Suède, Pays-Bas, Danemark, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Slovaquie, Luxembourg.2 (La France, elle, n’a pas transposé dans le délai et fait l’objet d’une mise en demeure de la Commission ; sa transposition est en cours via le projet de loi n° 2544.1)
- Peine d’emprisonnement maximale : 6 ans (Suède, Pays-Bas, Danemark, Finlande, Lituanie) ou 5 ans (Estonie, Lettonie, Slovaquie).
- Amende maximale pour une entreprise, avec fourchettes publiées : 10 M SEK en Suède (~900 000 €) et 870 000 € aux Pays-Bas.
- Seuls 2 pays ont respecté exactement le délai de l’UE (20 mai 2025) : l’Estonie et la Finlande.
- La France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne, la Tchéquie et 12 autres pays font l’objet d’une procédure d’infraction de la Commission.1
- Implication pratique : si vous réalisez des ventes ou disposez d’une succursale dans l’un de ces 9 pays, le risque pénal est déjà actuel — indépendamment de la situation de transposition dans votre propre pays.
Pourquoi seulement 9 sur 27
Le délai de transposition de la directive 2024/1226 — c’est-à-dire son intégration dans le droit national — était fixé au 20 mai 2025. La Commission européenne a suivi les notifications des États membres et, le 24 juillet 2025, elle a annoncé son premier paquet de procédures d’infraction : elle a adressé des mises en demeure (letters of formal notice) à 18 des 27 États.1
Les autres — Suède, Pays-Bas, Danemark, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Slovaquie et Luxembourg — ont échappé à la procédure. Chacun de ces pays a emprunté une voie différente.
Deux modèles de transposition reviennent le plus souvent :
- Modification du code pénal — six États ont modifié des dispositions existantes sur les infractions économiques (Danemark, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Slovaquie).
- Nouvelle loi ou acte séparé — la Suède a adopté une loi distincte sur les sanctions internationales (SFS 2025:327).3
Les Pays-Bas et le Luxembourg ont suivi une troisième voie — ils ont estimé que les dispositions existantes satisfaisaient déjà aux exigences de la directive et qu’aucune nouvelle loi n’était nécessaire.4
Ce n’est pas qu’une curiosité de droit comparé. Pour une entreprise française ayant des partenaires commerciaux dans l’un de ces neuf pays, cela a une conséquence très concrète. Une transaction qui, en France, relève déjà de la responsabilité pénale au titre de l’art. L574-3 du Code monétaire et financier (5 ans d’emprisonnement, 750 000 € d’amende),5 relève à Stockholm de la responsabilité pénale avec un plafond de 6 ans pour le dirigeant — selon des règles et un seuil de gravité propres à chaque juridiction.
Les peines les plus sévères — 6 ans d’emprisonnement et sanctions financières
Sur les neuf pays, cinq ont fixé la peine d’emprisonnement maximale pour les personnes physiques à 6 ans : Suède, Pays-Bas, Danemark, Finlande et Lituanie. Les trois autres (Estonie, Lettonie, Slovaquie) se sont arrêtés à 5 ans. Ce sont les plafonds réservés aux violations les plus graves — actes intentionnels, en bande organisée, portant sur des montants significatifs.
1. Pays-Bas — 6 ans d’emprisonnement, 870 000 € pour l’entreprise
Les Pays-Bas disposent aujourd’hui des fourchettes financières les mieux définies parmi les neuf. Ils n’ont pas eu besoin d’une nouvelle loi — la Sanctiewet 1977 et la Wet op de economische delicten (Economic Offences Act) satisfaisaient déjà aux exigences de la directive.4 La notification à la Commission est intervenue le 15 avril 2025, et le tableau de transposition a été publié au Staatscourant 2025 n° 12900.4
Peines maximales pour les personnes physiques : 6 ans d’emprisonnement pour les violations graves des sanctions (en tant qu’infraction économique) ainsi que des amendes jusqu’à la catégorie cinq — actuellement 87 000 €. Pour les entreprises : des amendes jusqu’à 870 000 € (catégorie six pour les personnes morales), complétées par une interdiction d’exercer et la publication de la décision.4
Les directives du ministère public de 2024 ont introduit le signalement volontaire des violations (self-reporting) comme circonstance atténuante — l’« Aanwijzing zelfmelden, medewerking en zelfonderzoek (2024A007) » s’applique depuis le 1ᵉʳ janvier 2025.4 Cela signifie qu’une entreprise qui signale elle-même son propre manquement peut bénéficier d’une réduction. À condition de le faire de sa propre initiative, et non dans la panique après que l’affaire est parvenue au parquet.
2. Suède — 10 M SEK pour l’entreprise
La Suède est le seul pays des neuf à avoir choisi une nouvelle loi dédiée : la Lag (2025:327) om internationella sanktioner (loi sur les sanctions internationales), adoptée par le Riksdag le 7 mai 2025 et en vigueur depuis le 10 juin 2025.3
Peines pour les personnes physiques :3
- violation simple : jusqu’à 3 ans d’emprisonnement (auparavant : 2),
- violation grave (grov sanktionsbrott) : jusqu’à 6 ans (auparavant : 4),
- violation répétée : 2 à 6 ans.
Les amendes pour les personnes physiques ont été retirées du catalogue — seul l’emprisonnement subsiste. Pour les entreprises, une företagsbot (amende d’entreprise) pouvant atteindre 10 M SEK (~900 000 €) a été introduite.3
Le modèle suédois présente une particularité qui mérite l’attention. En droit suédois, seule une personne physique peut commettre une infraction. L’amende infligée à l’entreprise n’est pas formellement une peine pour infraction — c’est un « effet juridique particulier d’une infraction » commise par une personne dans le cadre de l’activité de l’entreprise.3 Est-ce conforme à la directive ? La Commission reste pour l’instant silencieuse. Les conseils juridiques (Vinge) signalent des doutes — car la directive exige des peines pour les entreprises « pour les actes commis à leur profit », tandis que la disposition suédoise restreint cela à « dans le cadre de l’exercice de l’activité ».3
3. Lituanie — l’application la plus sévère de l’UE
Peine maximale : 6 ans pour les personnes physiques en cas de violation grave des sanctions. Transposition : modification du Lietuvos Respublikos baudžiamojo kodekso pakeitimo įstatymas (loi modifiant le code pénal), adoptée aux alentours du 20 mai 2025 et en vigueur depuis fin mai.2
Sur le papier, les peines lituaniennes ne se distinguent pas de celles des Pays-Bas ou de la Suède. Mais les données de la Commission pour les années 2023-2025 montrent que la Lituanie présente le taux le plus élevé de poursuites pénales effectivement engagées pour violation des sanctions dans toute l’UE.2 La raison est géographique : la frontière avec l’oblast de Kaliningrad et la Biélorussie, le transit de biens à double usage, l’interdiction de transit vers Kaliningrad instaurée unilatéralement en 2022.
En bref : les dispositions sont comparables. La pratique d’application — plus sévère.
Les 9 pays — profils succincts
Suède
- Acte juridique : Lag (2025:327) om internationella sanktioner.3
- Entrée en vigueur : 10 juin 2025 (20 jours après le délai de l’UE).
- Peine max. pour une personne : 6 ans d’emprisonnement.
- Peine max. pour une entreprise : 10 M SEK (~900 000 €).
- Particularité : l’amende pour l’entreprise = « effet juridique particulier d’une infraction », et non peine pour infraction. Doutes sur la conformité à la directive.3
- Application : historiquement faible — peu de poursuites pénales malgré la hausse des exportations des entreprises suédoises vers des pays tiers. Cela pourrait changer depuis juin 2025.
Pays-Bas
- Acte juridique : Sanctiewet 1977 + Wet op de economische delicten existants — sans nouvelle loi.4
- Notification : 15 avril 2025.
- Peine max. pour une personne : 6 ans d’emprisonnement + amende jusqu’à 87 000 €.
- Peine max. pour une entreprise : 870 000 € + interdiction d’exercer + publication de la décision.
- Particularité : double voie d’application. Pénale — pour les violations graves. Administrative — pour les violations mineures, seuil de minimis 10 000 € (Dutch Sanctions Modernisation Bill, processus législatif en cours).4
- Self-reporting : les directives de 2024 peuvent réduire la peine des entreprises qui signalent elles-mêmes une violation.4
- Nouveauté : notaires, conseillers fiscaux et experts-comptables sont pour la première fois directement responsables du sanction screening.4
Danemark
- Acte juridique : Lov nr 634 af 18. juni 2025 — modification de la Straffeloven (code pénal).2
- Entrée en vigueur : juin 2025.
- Peine max. pour une personne : 6 ans d’emprisonnement.
- Particularité : le Danemark dispose d’un opt-out de la politique JAI (protocole n° 22 au traité UE). Il n’était pas tenu de transposer la directive. Il l’a fait volontairement — comme signal politique à l’égard de la Russie.2
- Application : proactive. Le Danemark figure parmi les pays de l’UE les plus actifs dans l’application des sanctions contre la Russie entre 2022 et 2025.
Estonie
- Acte juridique : Karistusseadustiku muutmise seadus — modification du Karistusseadustik (code pénal).2
- Entrée en vigueur : 20 mai 2025 — exactement dans le délai de l’UE.
- Peine max. pour une personne : 5 ans d’emprisonnement (davantage pour les technologies à double usage ou les armes).
- Particularité : numérisation de l’application. L’Estonie intègre les bases douanières, bancaires et les registres des entreprises dans un système unique de surveillance des transactions transfrontalières.2 Le risque de détection automatique d’une violation est réel, pas théorique.
- Application : l’un des taux de poursuites pénales les plus élevés de la région balte.
Finlande
- Acte juridique : Laki rikoslain muuttamisesta — modification du Rikoslaki (code pénal).2
- Entrée en vigueur : 20 mai 2025 — le deuxième des deux pays à respecter exactement le délai.
- Peine max. pour une personne : 6 ans d’emprisonnement.
- Particularité : la plus longue frontière terrestre avec la Russie dans l’UE (1 340 km). Priorité d’application : biens à double usage et contrôle des exportations de technologies.2
- Application : coopération avec l’Estonie et la Lettonie (Baltic Sea enforcement), contrôles douaniers renforcés à la frontière finno-russe.
Lettonie
- Acte juridique : Grozījumi Krimināllikumā — modification du Krimināllikums (code pénal).2
- Entrée en vigueur : quelques jours après le 20 mai 2025.
- Peine max. pour une personne : 5 ans d’emprisonnement (davantage en cas de participation à une organisation criminelle).
- Particularité : frontière avec la Russie (276 km) et la Biélorussie (161 km). Priorité : contrôle de la réexportation vers la Russie via des pays tiers.2
- Application : taux élevé de poursuites pénales pour violation des sanctions entre 2022 et 2025.
Lituanie
- Acte juridique : Lietuvos Respublikos baudžiamojo kodekso pakeitimo įstatymas — modification du code pénal.2
- Entrée en vigueur : quelques jours après le 20 mai 2025.
- Peine max. pour une personne : 6 ans d’emprisonnement.
- Particularité : l’application la plus sévère de l’UE (données 2023-2025).2 Frontière avec Kaliningrad et la Biélorussie — risque élevé de contrôles de transit.
- Pratique : les entreprises de logistique et de transport en Lituanie doivent disposer de procédures de screening avancées, car le contrôle douanier standard interroge sur les procédures de sanctions du partenaire commercial.
Slovaquie
- Acte juridique : Zákon, ktorým sa mení a dopĺňa zákon o Trestnom zákone — modification du Trestný zákon (code pénal).2
- Entrée en vigueur : juin 2025 (quelques semaines après le délai de l’UE).
- Peine max. pour une personne : 5 ans d’emprisonnement (davantage en cas de circonstances aggravantes).
- Particularité : malgré le retard, la Commission n’a pas ouvert de procédure d’infraction — elle a jugé la transposition suffisante.2
- Application : frontière avec l’Ukraine (97 km) — contrôles douaniers ciblés sur le transit de biens à double usage et l’aide humanitaire.
Luxembourg
- Acte juridique : pas de détails publics. Probablement une modification de dispositions existantes (comme aux Pays-Bas).2
- Statut : transposition jugée suffisante par la Commission. Pas de procédure d’infraction.
- Peines max. : pas de fourchettes publiées.
- Particularité : en tant que place financière de l’UE, le Luxembourg applique les sanctions financières depuis des décennies. Le secteur bancaire dispose de procédures LCB-FT abouties, faciles à étendre au screening sanctions.2 Une petite entreprise de services — pas nécessairement.
Comparaison dans un seul tableau
| Pays | Entrée en vigueur | Forme de transposition | Peine max. — personne | Peine max. — entreprise | Particularité |
|---|---|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 15.04.2025 | Dispositions existantes | 6 ans + 87 000 € | 870 000 € | Double voie (pénale + admin.), self-reporting |
| Estonie | 20.05.2025 | Modif. code pénal | 5 ans | — | Numérisation de l’application |
| Finlande | 20.05.2025 | Modif. code pénal | 6 ans | — | Priorité : double usage, 1 340 km de frontière avec la Russie |
| Lettonie | V.2025 (après délai) | Modif. code pénal | 5 ans | — | Réexportation vers la Russie via pays tiers |
| Lituanie | V.2025 (après délai) | Modif. code pénal | 6 ans | — | L’application la plus sévère de l’UE |
| Suède | 10.06.2025 | Nouvelle loi (SFS 2025:327) | 6 ans | 10 M SEK (~900 000 €) | Amende pour l’entreprise = « effet juridique », pas peine |
| Danemark | VI.2025 | Modif. code pénal | 6 ans | — | Opt-out JAI, transposé volontairement |
| Slovaquie | VI.2025 | Modif. code pénal | 5 ans | — | Quelques semaines de retard, Commission OK |
| Luxembourg | n.d. | Probablement dispositions existantes | n.d. | n.d. | Place financière, longue tradition LCB-FT |
Source : IZI Institute, Transposition of EU Directive 2024/1226 by EU Member States ; rapports des cabinets Vinge, Squire Patton Boggs, Paul Hastings ; Commission européenne — July infringements package (24 juillet 2025).24631
Ce que cela signifie pour les entreprises françaises présentes à l’étranger
Si vous exercez votre activité uniquement en France, ne vendez rien à l’étranger et n’avez pas de succursale dans l’UE, le risque pénal vous concerne déjà via le droit français : même si la France n’a pas encore transposé la directive 2024/1226 (transposition en cours via le projet de loi n° 2544), l’art. L574-3 du Code monétaire et financier prévoit déjà 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende.5 Mais les entreprises strictement domestiques sont aujourd’hui minoritaires.
La plupart des entreprises transfrontalières fonctionnent selon l’un des quatre scénarios suivants :
1. Succursale ou filiale dans l’un des 9 pays
Votre filiale à Stockholm relève du droit suédois, et non du droit français. Une violation des sanctions constatée chez elle entraîne une procédure pénale selon la Lag (2025:327), avec un plafond de 6 ans d’emprisonnement pour le dirigeant et 10 M SEK pour la société. Le siège français apprend l’affaire par la presse et par une information tardive de l’avocat local.
Question pratique : vos filiales dans ces 9 pays disposent-elles de procédures de sanctions locales, conformes au droit local ? Utilisent-elles la même procédure que le siège en France ? Il est rare que les deux réponses soient affirmatives.
2. E-commerce transfrontalier vers ces pays
Une boutique en ligne établie en France, qui vend aux Pays-Bas, en Allemagne, en Finlande. Du point de vue du parquet néerlandais, si vous vendez à une personne sanctionnée un bien livré à une adresse à Amsterdam, vous enfreignez les dispositions néerlandaises. Le juge néerlandais est compétent, car l’effet s’est produit sur le territoire des Pays-Bas.
Le seuil de minimis de 10 000 € aux Pays-Bas ne vous protège pas si la valeur de la transaction est supérieure — et en B2B, c’est la norme.
3. Exportation, logistique, transport
Le transit par la Lituanie vers Kaliningrad — un cas classique. Les services frontaliers lituaniens appliquent la pratique la plus sévère de l’UE. Si votre entreprise de transport achemine des biens à double usage à travers le territoire lituanien sans vérifier le partenaire commercial, le parquet de Vilnius peut mettre en cause le conducteur et la société française — devant un tribunal lituanien.
Il en va de même pour la frontière finno-russe (1 340 km), letto-russe (276 km), slovaco-ukrainienne (97 km).
4. Services professionnels et intermédiation
C’est la catégorie qui a le plus surpris le marché. Depuis janvier 2025, les Pays-Bas ont expressément soumis au screening sanctions les notaires, conseillers fiscaux et experts-comptables.4 Si vous tenez un cabinet comptable qui sert des sociétés néerlandaises, vos partenaires néerlandais sont légalement tenus de vérifier que leur bénéficiaire effectif (UBO) n’est pas sanctionné. Votre rôle : leur fournir la documentation attestant le screening.
Si vous dirigez une agence immobilière avec un portefeuille de clients au Luxembourg, une agence de voyage qui vend des séjours dans les pays baltes, une intermédiation en assurance gérant des polices transfrontalières — l’effet est le même. Le droit local du pays où le service est fourni prime.
La France et ces 9 pays — un risque déjà concret
Une question que mes clients posent souvent : « le risque n’est-il pas le même partout dans l’UE ? ». Réponse courte : non. Le droit pénal français en vigueur fixe un cadre français ; les 9 pays ont chacun leur propre cadre, parfois plus sévère, parfois assorti de mécanismes absents en France. Réponse longue — ci-dessous.
Les règlements de l’UE (269/2014, 833/2014, 765/2006) s’appliquent directement dans toute l’Union. En France, la directive 2024/1226 n’est pas encore transposée (délai dépassé, transposition en cours via le projet de loi n° 2544), mais l’art. L574-3 du Code monétaire et financier réprime déjà pénalement les violations — détails dans l’article Sanctions pénales et amendes pour violation des sanctions UE en France. Les peines françaises s’élèvent à 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende pour les personnes physiques, multipliée par cinq (3 750 000 €) pour les personnes morales.5
Différences par rapport aux neuf pays qui ont transposé la directive :
| Aspect | France (art. L574-3 CMF en vigueur) | 9 pays avec transposition |
|---|---|---|
| Responsabilité pénale du dirigeant | Oui, 5 ans d’emprisonnement | Oui, 1 à 6 ans d’emprisonnement |
| Amende maximale pour l’entreprise | 3 750 000 € (×5, art. 131-38 Code pénal) | De 870 000 € (Pays-Bas) à 10 M SEK (Suède) |
| Négligence grave comme fondement de responsabilité | Encadrée par le droit pénal général | Oui, explicitement dans la directive et les lois nationales |
| Self-reporting comme circonstance atténuante | Apprécié au cas par cas par le parquet | Oui (Pays-Bas, directives de 2024) |
| Procédure d’infraction de la Commission | Oui (mise en demeure le 24 juillet 2025 ; transposition en cours via le projet de loi n° 2544) | Non |
Là où certaines entreprises ont un faux sentiment de sécurité, c’est sur l’idée que « le cadre français suffit partout ». C’est vrai en France. Mais si le même acte a touché un partenaire commercial aux Pays-Bas, en Suède ou en Lituanie, la procédure se déroulera là-bas, et non en France. Et c’est là que s’appliquent les peines propres à chaque transposition.
Troisième aspect — souvent négligé. Toute cette discussion suppose que vous savez qui il est interdit de servir. Or cela exige un screening systématique des clients — en pratique, une vérification automatisée de chaque partenaire commercial. Sans procédure, le risque est non mesurable, donc ingérable. Une analyse chiffrée plus complète des listes de l’UE figure dans l’article La liste de sanctions de l’UE en chiffres (2026).
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Bases juridiques
Directive de l’Union
- Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 relative à la définition des infractions pénales et des sanctions en cas de violation des mesures restrictives de l’Union — CELEX 32024L1226
Actes nationaux (9 pays)
- Suède : Lag (2025:327) om internationella sanktioner — https://www.riksdagen.se/en/news/articles/2025/may/7/stricter-rules-on-international-sanctions
- Pays-Bas : Sanctiewet 1977 + Wet op de economische delicten (tableau de transposition : Staatscourant 2025, n° 12900 du 28 avril 2025).
- Danemark : Lov nr 634 af 18. juni 2025 — modification de la Straffeloven.
- Estonie : Karistusseadustiku muutmise seadus — modification du Karistusseadustik.
- Finlande : Laki rikoslain muuttamisesta — modification du Rikoslaki.
- Lettonie : Grozījumi Krimināllikumā — modification du Krimināllikums.
- Lituanie : Lietuvos Respublikos baudžiamojo kodekso pakeitimo įstatymas — modification du Baudžiamasis kodeksas.
- Slovaquie : Zákon, ktorým sa mení a dopĺňa zákon o Trestnom zákone — modification du Trestný zákon.
- Luxembourg : pas de détails publics ; probablement une modification de dispositions existantes.
Contexte français
- Code monétaire et financier — art. L574-3 (sanctions pénales : 5 ans d’emprisonnement, 750 000 € d’amende) ; art. 131-38 du Code pénal (multiplication par cinq de l’amende pour les personnes morales). La transposition de la directive 2024/1226 est en cours via le projet de loi n° 2544 (déposé le 3 mars 2026) ; le délai (20 mai 2025) a été dépassé et la Commission a adressé une mise en demeure le 24 juillet 2025 — https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000048834024
FAQ
1. Le fait que 9 pays aient transposé signifie-t-il que les 18 autres n’ont aucune peine pour les sanctions ?
Non. Les 27 États de l’UE disposent de leurs propres dispositions pénales ou administratives relatives aux sanctions — souvent antérieures à la directive. La directive elle-même impose l’obligation d’harmoniser des standards minimaux (niveaux de peines, définitions des infractions, responsabilité des personnes morales). 18 pays ont des dispositions anciennes qui peuvent être plus clémentes ou incomplètes au regard de la directive. La Commission européenne a ouvert une procédure d’infraction contre eux le 24 juillet 2025.1
2. La procédure d’infraction de la Commission signifie-t-elle une sanction pour l’État concerné ?
Pas directement. La procédure d’infraction (infringement proceedings) comporte trois étapes : mise en demeure, avis motivé, saisine de la Cour de justice de l’UE. Seule la CJUE peut infliger une sanction financière à un État membre. Le processus dure généralement 2 à 4 ans. Les États concernés en sont actuellement à la première étape.
3. Si une entreprise française vend un bien aux Pays-Bas à une personne sanctionnée, où se déroulera la procédure ?
Le plus souvent là où l’effet de la transaction s’est produit — c’est-à-dire aux Pays-Bas. Le parquet néerlandais est compétent si la livraison est parvenue à une adresse néerlandaise ou si le partenaire commercial se trouve aux Pays-Bas. L’entreprise française peut être poursuivie tant devant le juge néerlandais que devant le juge français (le principe ne bis in idem exclut une double peine pour le même fait, mais pas une double compétence juridictionnelle).
4. Les petites entreprises sont-elles sous le seuil de minimis ?
Le seuil de 10 000 € de la loi néerlandaise se rapporte à la valeur de la transaction, et non à la taille de l’entreprise. Une vente B2B isolée, une location immobilière annuelle, une police d’assurance professionnelle — toutes dépassent généralement ce seuil. La taille de l’entreprise n’a pas d’importance. Une petite société avec une seule transaction de 15 000 € a la même obligation de screening qu’une grande entreprise.
5. Que doit faire concrètement, dès maintenant, une entreprise française active dans ces 9 pays ?
Trois étapes, dans cet ordre : (1) cartographiez les pays parmi les neuf où vous avez des succursales, des partenaires commerciaux ou des ventes régulières ; (2) vérifiez si la filiale locale (si elle existe) dispose d’une procédure de sanctions conforme au droit local — aux Pays-Bas, cela inclut aussi le self-reporting et la catégorisation des violations ; (3) déployez un screening unifié pour l’ensemble du groupe, qui satisfasse aux exigences de la plus sévère de ces dispositions. En pratique — le standard néerlandais.
6. À quelle fréquence les listes de sanctions sont-elles mises à jour ?
L’EU FSF est mise à jour des dizaines de fois par an — en moyenne plusieurs fois par mois. Chaque nouveau paquet de sanctions contre la Russie représente 50 à 200 nouvelles inscriptions ; des personnes relevant des régimes cyber, des droits de l’homme et du terrorisme sont aussi ajoutées de manière ponctuelle. Un client « propre » en février peut figurer sur la liste en mai. Le re-screening de la base clients existante est une obligation, pas une option — même si elle est rarement formulée explicitement.
Information, pas de conseil juridique. Cet article est fourni uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. L’analyse juridique d’une situation individuelle doit être effectuée avec un avocat compétent en droit des sanctions internationales et en droit du commerce extérieur. État du droit : 19 mai 2026.
European Commission — July infringements package (24 juillet 2025) : https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/inf_25_1628 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
IZI Institute — Transposition of EU Directive 2024/1226 by EU Member States : https://izi.institute/en/analysts/Transposition_of_EU_directive_2024_1226_by_EU_member_states_ILI/ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Riksdagen (parlement de Suède) — Stricter rules on international sanctions : https://www.riksdagen.se/en/news/articles/2025/may/7/stricter-rules-on-international-sanctions ; Vinge — Sanctions update 1/2025 : https://www.vinge.se/en/news/sanctions-update-1-2025/ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Paul Hastings LLP — Addressing Gaps and Inconsistencies in the EU Sanctions’ Enforcement : https://www.paulhastings.com/insights/client-alerts/addressing-gaps-and-inconsistencies-in-the-eu-sanctions-enforcement-the-commission-urgers-member-states-to-transpose-directive ; Squire Patton Boggs — The Dutch Sanctions Modernisation Bill : https://www.squirepattonboggs.com/insights/publications/the-dutch-sanctions-modernisation-bill/ ; Chambers Global Practice Guide — Sanctions 2025 - Netherlands : https://practiceguides.chambers.com/practice-guides/sanctions-2025/netherlands/trends-and-developments ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Code monétaire et financier — art. L574-3 (5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende pour violation des règlements de sanctions de l’UE) ; art. 131-38 du Code pénal (multiplication par cinq de l’amende pour les personnes morales, soit 3 750 000 €). La transposition de la directive 2024/1226 n’est pas encore intervenue en France (délai dépassé le 20 mai 2025, projet de loi n° 2544 en cours). — legifrance.gouv.fr, état au 23.05.2026 ↩︎ ↩︎ ↩︎
Directive (UE) 2024/1226 du Parlement européen et du Conseil du 24 avril 2024 — CELEX 32024L1226 ↩︎